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Archéologie domestique



« Un moment bref mais curieux est celui qui voit, entre 1840 et 1870, des milliers de tonnes de boues issues du curage des latrines de Paris être répandues sur la banlieue nord afin de former une couche de terre noire collante, pleine de tessons de faïence, de 20 à 30 centimètres d'épaisseur, qui va servir à faire pousser les succulents légumes. »

Chroniques balbyniennes, page 28.

Prévention routière : et si l'on se moquait ?

Je suis de plus en plus gêné par la façon dont les organismes chargés de la sécurité routière communiquent dans leurs compagnes de prévention. Il s'agit souvent de prévenir par la peur, avec des images qui vous font imaginer (ou pire encore, qui vous rappellent) la mort de vos proches ou d'autres personnes que vous pourriez tuer ou handicaper. D'autant plus préoccupant que depuis les années 90, cela évolue vers une forme de surenchère avec des messages de plus en plus chocs, culpabilisants, voire traumatisants. Comme s'il fallait en ajouter toujours d'avantage pour que les automobilistes comprennent bien ce que ceux qui sont chargés de leur sécurité ont à leur dire.



Or, il me semble que la peur du danger est une arme à double tranchant car si elle peut effrayer les gens raisonnables, elle peut aussi valoriser ceux qui l'ignorent ou la défient. Je parle ici d'un certain type de chauffard qui, dans son petit monde à lui, est persuadé que les autres conducteurs l'admirent pour sa manière de prendre des risques au volant. Vous savez, celui qui zigzague entre les voies d'une route chargée pour montrer qu'il est le plus malin ; celui qui publie sur internet les vidéos de ses exploits en vitesse, en course ou en « rodéo » ; celui qui n'utilise jamais ses clignotants, sa ceinture de sécurité, et ne respecte pas les feux pour bien montrer qu'il n'en a rien à faire de vous comme de l'autorité policière ; celui qui veut montrer à ses amis qu'il n'a pas peur de la mort en (les) conduisant en état d'ébriété. D'une certaine manière, la prévention par la peur valorise ceux-là qui, justement, veulent absolument vous convaincre qu'ils sont plus courageux que vous.

Alors pour que ces gens comprennent, je me demande s'il ne vaudrait pas mieux passer par la porte de derrière en employant la dérision. Les ridiculiser, taper sur leur fierté, là ou ça pourrait vraiment leur faire mal. Des choses un peu plus incisives que le gentillet « tu t'es vu quand t'as bu » (utilisé dans les 90's pour la lutte contre l'alcoolisme) et qui, pendant qu'on y est, inverserait la mécanique de communication habituelle en amusant les conducteurs raisonnables tout en se moquant chauffards.

À titre d'exemple simple et rapide, imaginez un spot dans lequel un groupe de copains en voiture se moquerait grassement d'un chauffard qui tenterait de les impressioner sur la file d'à côté. Une scène réaliste que, finalement, nous avons tous vécu un jour et qui nous a tous fait réagir, parfois avec humour — pour peu que vous ayez des amis un peu taquins. Montrer une bonne fois pour toute à ceux qui pensent être les « seigneurs de la route » ce que les autres automobilistes pensent (vraiment) d'eux.
Formaliser une campagne de communication est un travail qui demande du temps, des moyens de production, des idées, une expertise, et je ne vais évidemment pas improviser sur ce blog LA campagne idéale. Mais si seulement l'un de ceux qui pensent la prévention routière pouvait essayer, ne serait-ce qu'une fois, pour voir, de communiquer sur ce public précis autrement par la peur, sachez que j'en serais ravi !

Dans cette vidéo, c'est une mamie qui nous donne l'exemple. Rigolo, mais je trouve que l'effet est affaibli par le côté improbable de la scène :



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Édit 9/01 : dans les bons exemples, je me souviens d'un spot de prévention (je ne crois pas qu'il eut été diffusé en France) dont le message était en substance : « imaginez si vous vous comportiez à pied comme vous vous comportez au volant ». On pouvait y voir un piéton marcher en collant un autre ; un autre faisant une queue de poisson à celui qui le devance tendis que son homologue double une file d'attente sous le regard médusés de ceux qui attendent ; et autres joyeusetés bien connues des automobilistes. Un procédé simple, qui mettait clairement en évidence le ridicule des comportements des uns, tout en amusant les autres. Je n'ai malheureusement pas réussi à retrouver les images.

Un classement Twitter thématique


À télécharger en PDF ici.

Je le sais, comme tout le monde, vous détestez les classements. Ce n'était pas prévu au départ mais puisque je disposais des données pour le constituer, j'ai pensé qu'il ne manquait pas grand chose pour le mettre en forme (rapidement, j'en suis désolé) et pour le publier. Alors je l'ai fait. En effet, ce classement, qui tente de rassembler les 500 comptes Twitter français les plus suivis (agrémenté de quelques statistiques maison), est un rejeton de l'affiche « Mon Twitter » que j'avais publiée ici même il y a deux semaines (projet qui devait normalement concerner les plus gros comptes francophones et que j'avais finalement choisi de recentrer sur les tweeteurs que je suivais, comme expliqué dans sa présentation). Le corpus s'appuie sur celui de Twopcharts auquel j'ai ajouté environs 10 % de comptes qui n'y étaient pas classés pour des raisons qui m'échappent (Twopcharts est un excellent outil mais une fois de plus, j'ai eu la preuve que la recherche manuelle a parfois du bon). L'intérêt majeur de ce top 500 est de proposer un classement thématique, ce qui devrait permettre à la fois au néophyte de trouver quelques comptes à suivre sur Twitter (même si un grand nombre de followers ne garantit pas la qualité du contenu), mais aussi au connaisseur de pouvoir éventuellement en tirer quelques analyses. Par ailleurs, ce classement a la particularité d'intégrer les français basés à l'étranger, y compris lorsqu'ils tweetent dans la langue de Shakespeare. Bref, grâce au temps passé en tri et recherches manuelles, vous devriez y trouver bon nombre de comptes qui ne sont pas dans les autres classements (revers de la médaille : celui-ci ne sera pas mis à jour et perdra donc de son intérêt avec le temps).
Il y a donc un peu de boulot derrière m'enfin bon, soyons honnête : cela reste un petit projet que je publie surtout pour ne pas regretter de l'avoir laissé au fond d'un tiroir.

Attention, les données datent de début avril, donc pas de la première fraicheur (désolé pour l'odeur). Par conséquent, il est probable que les personnalités fortement médiatisées ce mois-ci soient, pour une fois, un peu défavorisées. Par ailleurs, je précise qu'il est tout à fait possible que quelques comptes soient passés aux travers des mailles de mon filet (il aurait sans doute fallu faire des mois de recherches pour être à peu près certain de n'oublier personne).



Avec ses 1,90 m de long, son fond noir et ses textes corps 6 en défonce, le fichier PDF n'est pas vraiment conçu pour être imprimé. À consulter de préférence à l'écran, donc (vous profiterez ainsi du zoom et du moteur de recherche de votre lecteur PDF). Je n'ai passé qu'une petite journée sur la mise en page et me suis contenté de « faire propre », comme on dit.

Pour les chasseurs de data, je précise que pour repérer des comptes français qui n'étaient pas classés par Twopcharts, j'ai d'abord créé un compte (appelons-le « vivarium ») avec lequel j'ai suivi les 2000 comptes francophones (ou anglophones tenus par des français) les plus suivis d'après Twopcharts. Ensuite, j'ai utilisé le très bon Followerwonk pour analyser la liste des abonnements d'une centaine de comptes choisis (profils plutôt connaisseurs, de thématiques différentes). Comme j'étais identifié sur Followerwonk avec le compte vivarium, l'outil m'indiquait facilement les comptes importants auxquels chaque sondé était abonné mais auxquels mon « vivarium » n'était pas abonné. Il ne me restait plus qu'à ajouter ceux-là à mon vivarium, tel un chasseur d'insectes. Ma prospection effectuée, j'ai extrait la liste des abonnements de mon compte vivarium sur Excel (toujours à l'aide de Followerwonk) pour attaquer le traitement des datas (virer les non français, classer les comptes par thématiques, calculer les statistiques, construire un fichier facilement exploitable sous inDesign). J'ai utilisé Followerwonk sans avoir souscrit d'abonnement payant, façon patience et débrouille.


Le lit de mes enfants

1 — Au départ, un lit modèle « Lancelot », acheté sur un coup de tête en 2008 dans un magasin Fly. Nous profitons d'une importante ristourne sur le modèle d'exposition que nous achetons sans la commode et le bureau assortis (photo commerciale chopée sur un site de déco).



2 — Le lit de mon fils ainé, tel qu'il est resté jusqu'en novembre dernier. Pieds coupés pour tenir sous la faible hauteur de plafond. Le mince velcro qui tenait les rideaux s'est décollé.
Notre deuxième fils grandit, son lit bébé devient un peu juste et nous prenons la décision de transformer le meuble en lit superposé.



3 — Modification de la structure. Une échelle centrale est recréée à base de cordages marins (la plupart des lits superposés vendus dans le commerce sont conçus avec une échelle latérale qui n'aurait pas convenu à la pente de notre plafond). Les pieds sont surélevés de 3 centimètres (uniquement pour pouvoir glisser sous le lit un certain modèle de boite Ikéa, bien pratique pour ranger les Legos… on ne se refait pas). De solides panneaux de medium sont ajoutés de chaque côtés de la partie haute pour parer aux chutes. Les vis d'origines, un modèle apparemment bien spécifique au mobilier Fly, étant introuvables dans le commerce, je me débrouille pour réutiliser uniquement celles des parties du lit dont je n'ai plus besoin (un casse-tête). Ne figure pas sur la photo un renfort que j'ai ajouté entre les montants de l'échelle, au niveau du sommier supérieur, afin d'éviter que la structure ne se déforme trop lors de l'utilisation de l'échelle.



4 — Ma compagne s'occupe de confectionner un habillage en tissu (2 couleurs différentes de tissus antitache), que je peins et auquel j'agrafe des feuilles découpées dans la feutrine. Plusieurs tests sont nécessaires afin de trouver la bonne méthode de peinture (finalement, de simples bandes de Scotch Christal ont suffit à assurer des lignes aux contours propres). Avant de peindre, il a fallut quasiment tout recoudre et rapiécer suite suite au rétrécissement du tissu provoqué par un lavage qui a mal tourné (à 30°, pourtant) — ce qui explique que les bandes verticales situées au dessus et en dessous de chaque fenêtre sont un peu courtes à mon goût. L'habillage est fixé à la structure grace à de solides bandes velcro de 5 cm de large.



5 — Nous nous sommes permis un retour à chaque arrête latérale, afin d'augmenter un poil l'illusion de l'habillage. Pour fixer les feuilles, j'ai trouvé par hasard dans mon hypermarché local, quelque chose dont je ne soupçonnais pas l'existence : des agrafes de couleur verte (mais oui, cliquez l'image pour agrandir si vous ne me croyez pas). À son extrémité, l'échelle est traversée par un ultime passage de corde, destiné à éviter les glissades au moment de la descente.



6 — Comme les matelas que nous avions récupérés étaient plus courts que la longueur des lits, j'ai profité de l'espace vide pour y fabriquer des coffres. Ces derniers font office de mini tables de nuit, idéales pour ranger des livres et poser quelques objets sur leur demi couvercle amovible. Ainsi, chacun de mes loulous dispose de son petit coffre à trésor.



Coût total de l'opération : à peu près 350 € (tissus, bois, peintures et quelques accéssoires et outils spécifiques). Donc, moyennement rentable, gourmand en temps de travail et pas forcément d'une conception et d'une réalisation exemplaire mais c'est notre lit, à tous les quatre. Comme disait Philippe Millot, mon ancien prof de typographie : « il faut faire ».

Idée ? Des stabilisateurs flexibles pour apprendre à faire du vélo



Pour familiariser les jeunes enfants à la pratique du vélo, on utilise généralement une paire de stabilisateurs à roulettes fixée sur la roue arrière. Cependant, lorsque vient l'âge d'apprendre à faire du vélo comme un grand, ces petites roulettes deviennent handicapantes dans le sens ou elles habituent l'enfant à un certain confort qui ne le pousse plus naturellement à chercher son équilibre. Il existe bien une astuce qui consiste à relever la hauteur des roulettes mais certains enfants sont encore capables de rouler penchés pour profiter jusqu'au bout de leurs précieux 4 points d'appui (exemple vécu cet après midi avec ma filleule Pauline ;-).
Devant ce constat, j'ai pensé qu'il pourrait être intéressant d'utiliser un système de stabilisateurs aux attaches suffisamment flexibles pour ne pas trop porter le vélo lorsque l'enfant roule en équilibre, tout en étant assez rigide pour empêcher (ou ralentir) la chute lorsque le vélo est en déséquilibre. Ainsi, par l'instabilité provoquée par les fixations souples (avec ce type de ressort, par exemple) des roulettes, l'aprenti cycliste serait spontanément amené à chercher son équilibre, sans pour autant risquer la chute.

En attendant, vous aurez toujours la possibilité d'initier votre enfant à cette méthode d'apprentissage.

Mon Twitter



J'ai longtemps hésité, plusieurs fois refait, arrêté puis repris mes recherches sur ce qui devait être à l'origine « une cartographie de Twitter ». J'ai commencé par étudier un corpus limité aux comptes les plus populaires, ce qui pour Twitter et dans mon esprit s'avérait être un piège. En effet, les comptes les plus suivis sur Twitter appartiennent très majoritairement à des célébrités qui publient un contenu orienté fans (lorsque ce n'est pas un community manager qui le publie à leur place), c'est-à-dire peu intéressant pour le grand public. Bref, autant sur mes précédents projets cela m'intéressait de concevoir des cartographies qui pouvaient permettre au public de découvrir le monde des blogs (en septembre 2007, déjà !) et celui des forum (juillet 2008) à travers les plus importants d'entre eux, autant mes diverses recherches et réflexions m'avaient amenées à considérer qu'un tel projet s'avérait moins adapté à Twitter. Il était alors devenu évident dans mon esprit que si « cartographie de Twitter » je devais concevoir, elle serait dédiée non pas aux comptes les plus populaires mais plus simplement aux comptes que j'aime et que je suis, à la manière d'un hommage. Mon Twitter, en quelque sorte.

Et puis finalement, ce n'est pas non plus une cartographie que je vous livre ici puisque je n'ai pas souhaité hiérarchiser mes abonnements par zones thématiques à la manière de territoires (cela aurait été trop réducteur, pour la plupart des comptes) ou par un quelconque ordre d'importance entre utilisateurs (pas dans l'esprit). Non, puisque sa concision le permet, je voulais que ce soit le contenu qui soit mis en avant, en abondance et en vrac, un peu comme ce que l'on ressent sur Twitter. Tout juste me suis-je autorisé un jeu de couleurs qui peut permettre à vos yeux de se repérer rapidement à travers quatre types d'information :
— en blanc, des tweets sélectionnés parmi la production des 206 comptes auxquels je suis abonné ;
— en rose, des statistiques qui concernent mes abonnements (utilisateurs les plus anciens inscrits, les plus prolifiques, etc.) ;
— en vert, moins nombreux, ce sont d'autres statistiques, davantage centrées sur le rapport que j'entretiens avec mes abonnements (les utilisateurs qui m'ont unfollow, ceux qui ont le plus d'abonnement en commun avec moi, etc.) ;
— enfin, en jaune et en contrepoint, mon portrait à la fois moqueur et admiratif du « tweeteur modèle », que j'imagine un peu comme notre soldat inconnu, l'Arc de triomphe en moins (ces « papiers » jaunes sont répartis au hasard, ils n'ont pas forcément de rapport avec les citations contiguës et leurs auteurs).

Ils sont donc un peu plus de 200, ces utilisateurs qui constituent mon Twitter. Je les suis pour quelques-uns depuis le jour de mon inscription, le 6 février 2010 (je suis un jeunot sur Twitter) et depuis quelques semaines seulement pour d'autres. Il y a certains d'entre eux que j'ai déjà vu en slip et d'autres que je connais un peu moins, voire pas du tout. Des abonnements que j'ai parfois choisi sans hésiter et d'autres que j'ai validé par curiosité ou par politesse. Il y a même quelques comptes dont je m'étais désabonné avant d'y revenir avec plaisir, parce que ma perception et ma pratique avaient évolué entre temps. Surtout, et ça ne figure pas sur l'affiche, la sensation excitante d'avoir des milliers d'autres tweeteurs à découvrir.

Le résultat de mes recherches se présente sous la forme d'une affiche au format d'impression 40 x 60 cm (je n'ai malheureusement pas pu descendre jusqu'au A3 pour des raisons de lisibilité du texte — de toute façon, je ne pense pas que vous serez nombreux à vouloir l'imprimer) dont le fichier est parfaitement consultable à l'écran, notamment dans sa version PDF qui inclut tous les liens cliquables (certaines citations comportent des liens vers des pages web, il suffit de les cliquer directement sur l'affiche pour s'y rendre). Comme nous sommes sur internet, j'ai également mis en ligne une version JPEG, plus facile à manipuler mais qui ne comporte aucun lien.



À propos des chiffres
Malgré son esprit un peu brouillon, la conception de cette affiche a nécessité beaucoup de travail, dont une bonne partie pour constituer une base de données assez gigantesque (45 colonnes d'information pour chacun de mes 206 sujets). Au final, après plusieurs changements de cap concernant l'esprit et la forme que devrait prendre mon usine à gaz, j'ai choisis d'aller vers la simplicité et de n'exploiter qu'une petite partie des données collectées (les 5 premiers de certaines colonnes, pour les papiers roses et verts). C'est assez frustrant, et je devais vous le faire partager ;-) Quoi qu'il en soit, si cela peut servir à d'autres, voici la liste des outils que j'ai pu utiliser librement pour collecter mes données :
Ma page abonnements sur Twitter : Permet d'obtenir sur une seule page la liste de ses abonnements dans l'ordre, du plus récent au plus ancien, avec les bios et photos de profil de chacun.
twocharts.com : Permet d'obtenir en une seule fois : la localisation de l'utilisateur, sa date d'inscription à Twitter, son nombre d'abonnements, d'abonnés, de tweets et, pour les utilisateurs les plus anciens et les plus populaires seulement, l'évolution de ces chiffres sur les mois passés. Sur d'autres pages (fouiller dans le menu du haut de page), ce site permet également de connaître, entre autres, le nombre de mentions reçues et envoyées, ainsi que le nombre de retweets obtenus (sur les 200 derniers tweets seulement). Une véritable mine d'or pour les chasseurs de data !
friendorfollow.com : Permet de connaître la part de suivants, de fans et d'amis de chacun (Twopcharts propose aussi cette fonction mais je la trouve plus claire ici).
twtrfrnd.com : Permet de connaître le nombre d'abonnés et d'abonnements en commun entre deux utilisateurs.
followerwonk.com : Propose une grande quantité de données, très bon notamment sur l'analyse des abonnements/abonnés d'un utilisateur. Conseil : en usage gratuit, l'utilisation du service requiert le respect d'un système de crédits rechargeables toutes les 2 heures. Sur les gros corpus, mieux vaut donc faire preuve de patience et bien gérer son temps ! Ce site m'a permis d'analyser la taille des comptes que suivent mes abonnements (pourcentages de petits, moyens ou gros).

À propos des citations
Concernant les citations copiées sur les papiers blancs, pour des raisons d'espace et de ligne éditoriale, j'ai dû opérer une sélection drastique. Par conséquent, environ un tiers des gens que je suis n'a aucun tweet cité sur l'affiche, y compris des comptes que j'apprécie énormément et y compris des comptes d'amis proches : pardon, pardon, pardon mille fois ! J'espère que vous ne m'en voudrez pas — de toute façon, il est fort possible que ce projet n'intéresse pas grand monde. À l'inverse, il est tout à fait possible que je sois passé à côté de très bons tweets, notamment parmi les plus anciens publiés. Là encore, si c'est le cas, veuillez par avance accepter mes excuses. Voici la liste des outils que j'ai utilisés librement pour repérer les tweets les plus populaires de chacun, et ainsi faciliter ma sélection dans un délai respectable :
resonancers.com : Ne fonctionne que pour les plus gros comptes mais fonctionne bien.
twtrland.com : Les tweets les plus retweetés de chacun (généralement sur une durée relativement récente).
favstar.fm : Celui-là est basé sur le nombre de favoris et offre donc un autre panel de tweets.
topsy.com : Cliquer sur « All time » dans le menu de gauche pour une meilleure efficacité.
Google : Avec la bête requête « c_druaux/status » peu fiable sur la durée (le partenariat entre Twitter et Google n'a été effectif que de décembre 2009 à juillet 2011) et beaucoup de déchets. Mais peut dépanner.

Quelques articles pour mieux connaître Twitter
Le top 10 des relous sur twitter, sur le blog de Henry Michel (qui s'était même risqué à “une carte de la Twitto Franco”)
Twitter : comment j’ai quitté 2900 followers, sur le blog de Henry Michel
Comment devenir une star de Twitter, sur Slate.fr, par Vincent Glad
Le top 10 des twitterers français, sur feu BienBienBien, par Vincent Glad (2009)
Twitter Psychology, par White Fire
twitteradar.com, blog dédié à la pratique de Twitter
Les journalistes français sur Twitter vus comme un graphe, sur Ina Global
Cartographie de la circulation de l'info sur Twitter, chez Spintank
L'influence sur Twitter: 54 millions de comptes passés au crible, par Jean-Nicolas Reyt
TopTweet 2011, par un anonyme
Le dictionnaire référence de Twitter, par FilGB
Twitter : pourquoi les #FF Follow Friday font-ils un flop ?, par Ludovic Boursin sur Les Échos



Les liens de tous les tweets cités sur l'affiche
En cas de besoin…
embruns1, embruns2, narvic, HenryMichel1, HenryMichel2, GeoffreyDorne, matoo, GyojiShukke, Vinvin1, Vinvin2, Maitre_Eolas1, Maitre_Eolas2, LucMandret, FredCavazza, versac, gfouetil, DavidAbiker, monsieurlam, aixtal, Jean_no, nodesign1, nodesign2, gunthert, ebouquin, ff_ff, vincentglad1, vincentglad2, shadowsfr, jeremie34, FilGB, unabrow, palpitt, preums, fruey, Alcanter, JeanReneCraypio1, JeanReneCraypio2, marcbotte, ek333, fguillot, PRland, eni_kao, culturevisuelle1, culturevisuelle2, OfficialSofoot, gabyu, petitesphrases, twitter_fr1, twitter_fr2, DavidSerrault, Bouletcorp1, Bouletcorp2, UFCquechoisir, BenoitWimart, xporte, Korben, SylvieTissot, bravepatrie1, bravepatrie2, opendataParis, GillesKLEIN, marktheugly, Hugues_Serraf1, Hugues_Serraf2, Hugues_Serraf3, naimdb, humourdedroite1, humourdedroite2, AlexHervaud, zythom, RadicalChic, gilda_f, Rue89, rosselin, guybirenbaum, jdflaysakier, xternisien, mouloudachour, flogazan, Romain_Pigenel, les3points, cahiersdufoot, LoicHRechi1, LoicHRechi2, artypop, Zgur_, lmargueritte, ruquierofficiel, soymalau1, soymalau2, patricecassard, samuellaurent, alicanth, mrsize, LANDEYves1, LANDEYves2, desgonzo1, desgonzo2, desgonzo3, Charlie_Hebdo_, siankowski, Raymon_Domenech, xmoisant, bernardpivot1, oeilduviseur, DidierRoustan, sgtpembry, Vidberg, Navavo, C_Druaux

Et meilleurs vœux !

@ Christophe Druaux

Le 13 janvier 2012, la France vient de perdre son fameux « triple A » et il me reste tout juste 17 jours pour vous souhaiter la bonne année.
Une carte de vœux qui n'en est pas vraiment une, conçue comme une photographie prise sur le vif.

Merci Free !

Mardi dernier, je me suis senti honoré par la présentation qu'a fait Xavier Niel de Free Mobile. Honoré, oui, c'est le mot. À tel point que si j'avais été présent dans la salle de conférence, j'aurais sans doute poussé un de ces cris aigus qui ont salué les offres annoncées, tel un blogueur californien en short invité à une Keynote d'Apple.

Je me suis senti honoré car je fais partie des quelques grognards qui n'ont jamais voulu souscrire à un abonnement téléphonique incluant de l'internet mobile. Entendons-nous bien : j'avais les moyens de m'offrir un tel abonnement mais je trouvais précisément cela trop cher. Durant toutes ces années, on se moquait de moi, on me crachait dessus dans la rue, on m'unfollowait (j'adore conjuguer unfollow). Mes enfants faisaient l'objet de railleries dans la cour de leur école maternelle parce que leur papa ne pouvait pas se connecter au WWW depuis son portable. Si ça n'avait touché que moi, passe encore mais quand ça touche les enfants, je vous jure que c'est difficile à vivre (les sanglots me viennent en écrivant ces lignes).
Bref, contre vents et marées, j'ai tenu bon.

Bien sûr, comme beaucoup, j'en avais pourtant besoin. Je me débrouillais chez SFR avec un forfait à 12 euros par mois pour 1 h 30 de voix (en cumulant négos et avantages fidélités — il faut dire que je ne suis pas un grand ami du téléphone dont je ne me sers qu'en cas de nécessité absolue) complété en cas de besoin par un « pass » 3G à 35 euros qui me permettait de me connecter à internet depuis mon iPad lors de mes vacances. Pour ces 35 euros, SFR me donnait droit à 1 Go de données… avec une scandaleuse durée d'utilisation limitée à 2 mois, qui en dit long sur l'état d'esprit des opérateurs historiques. Donner 35 € de temps en temps à SFR pour un service aussi mesquin me filait des boules au ventre mais au fond de moi, je savais que ça ne durerait pas. Car bien avant que Free n'annonce officiellement sa volonté de s'attaquer aux opérateurs mobiles, je l'attendais déjà, comme une évidence. Tous les soirs, l'oreille collée sur le haut-parleur de ma TSF, j'attendais LE message d'annonce.

Alors depuis quelques jours, je jubile peut-être un peu plus que « les pigeons » en voyant Orange, SFR et Bouygues, pourtant prévenus, tenter de s'aligner en catastrophe, avec des offres bricolées qui sont encore loin d'arriver à ce que Free Mobile propose. L'offre la plus spectaculaire proposée par le nouvel opérateur étant celle dont on parle pourtant le moins dans la presse, c'est à dire le forfait à 2 euros pour 60 minutes de communication vocale (gratuit pour les détenteurs de Freebox), avec surtout la minute de dépassement facturée à 5 centimes (c'est à dire 3 euros pour chaque heure supplémentaire). Je rappelle que la grande majorité des abonnées au téléphone mobile n'ont pas (besoin ?) d'accès internet et ne possèdent pas de couteux (et éphémère) smartphone. Par conséquent, à elle seule, cette offre va faire économiser plusieurs centaines d'euros par an à des millions de Français — y compris à ceux qui ne sont pas abonnés chez Free, grace au mécanisme concurrentiel qui se déclenche enfin. Ce n'est pas rien.

Je ne pense pas me tromper en avançant que ce qui s'est passé mardi dernier est un fait unique dans l'histoire de l'industrie française. En 30 minutes, un homme a dynamité un marché national, qui plus est l'un des plus lucratifs qui soit. Il a puni les opérateurs historiques, déjà condamnés en 2005, puis 2007 pour entente par le Conseil de concurrence — sans que rien n'ait d'ailleurs changé depuis. En passant, il a aussi donner un petit taquet à l'État et son scandaleuse « forfait RSA » (il faut dire qu'en bon crevard, je bénéficiais moi-même d'un forfait téléphonique plus intéressant que celui proposé à ceux qui touchent le RSA, c'est dire…). Mieux encore, au delà de la simple annonce commerciale, Xavier Niel a déployé un argumentaire militant et déterminé pour expliquer pourquoi et comment Free Mobile allait faire mieux que tout le monde. Enfin, pour glorifier l'esprit discount, il s'est même offert de luxe de présenter tout cela avec une chemise débraillée dont les manches étaient trop larges (si, si, regardez bien les images).

Alors, quoi que vous pensiez de Free Mobile, IL FAUT écouter la présentation de Xavier Niel :

Mes deux jeux vidéos préférés qui n'existent pas (?)

Enfin je titre qu'ils n'existe pas mais peut-être — probablement, même — que l'un d'entre vous me prouvera le contraire, et ce sera très bien. C'est d'ailleurs un peu pour cela que je me décide à écrire cet article ;-) Références et liens bienvenus, donc !

Joueur dans l'âme, mais de plus en plus casual, je regrette le côté un peu stéréotypé des blockbusters du jeu vidéo sur console (sur tablettes, smartphones et sur consoles portables, c'est différent). Il n'y a qu'à observer les guides d'achat des sites spécialisés pour s'en rendre compte. Dans celui de Gamekult, sur 28 jeux sélectionnés pour l'année 2011, nous avons 13 FPS/RPG (jeux d'aventure 3D en vue subjective) ; 3 simulations de sport ; 4 jeux de course ; 4 jeux de combat ; 2 jeux de plateformes. Concepts vus et revus, certes correctement réalisés mais qui se vendent principalement parce qu'on y met chaque année « un peu plus de réalisme » et/ou « de graphismes époustouflants ». Le réalisme et le graphisme (plus généralement, l'ambiance du jeu), voilà ce qui fait vendre. La pertinence du gameplay passe très souvent loin derrière. Certes, le succès d'Angry Birds a donné un grand coup de pied aux fesse à l'industrie du jeu vidéo mais finalement, rien n'a vraiment changé côté consoles. On connait la recette qui fait gagner des millions, pourquoi en changer ? Pendant ce temps, moi, j'attends (je recherche ?) toujours ses deux jeux désespérément :

Un BON jeu de foot fun

Longtemps joueur de PES, j'ai switché, comme beaucoup, sur FIFA il y a 3 saisons. Malheureusement, FIFA tient aujourd'hui à peu près les mêmes symptômes que son concurrent en 2008 : peu d'améliorations entre chaque nouvelle version annuelle et un gameplay qui tire toujours un peu plus les scores vers le 0-0 à chaque match. Les éditeurs se concentrent sur l'aspect simulation et les jeux doivent coller au maximum à la (pourtant pas très jojo) réalité du foot pro moderne. Les journalistes spécialisés s'émeuvent un peu plus chaque année de la « qualité » de la modélisation faciale des joueurs (qui sont pourtant toujours aussi mal fichus), et au royaume de la simulation toute puissante, le manque de fun est bien évidemment assumé par tout le monde.
Moi, je rêve d'un jeu de foot dans lequel on puisse gagner 10 à 8 sur un match de 10 minutes ; où l'on puisse paramétrer la taille des buts (imaginez des cages de 5 mètres de large sur un terrain de hand — et donc forcément une stratégie défensive à organiser en conséquence), la taille du terrain et la physique du ballon (rebonds incroyables ou tirs brossés exagérés) ; où l'on puisse jouer avec les vraies règles, mais aussi à 4 équipes sur un même terrain à 4 buts (je suis fou !) ; un jeu ou il y aurait possibilité de faire un replay lorsque l'on rate une action (pour tenter une nouvelle fois de la réussir) ; ou l'on pourrait jouer avec un joueur de 3 mètres de haut dans chaque équipe ; ou l'on disposerait d'un mode d'entrainement qui donnerait accès à toute une palette de mini jeux (tennis-ballon ; parcours du combattant façon jeu de plateforme ; entrainement aux reprises de volée contre un mur ; foot-golf ; et tant de choses à inventer…). Bref, je rêve d'une cour-de-récréé dans laquelle les gamers, grands ou petits, pourraient faire un peu ce qu'ils veulent avec un ballon pourvu qu'ils y prennent du plaisir. Et qui serait finalement l'antithèse de ce qui cartonne aujourd'hui, rien que ça.
Cependant, vous avez raison : il y a déjà eu des jeux de ce type, mais qui à mon sens manquaient d'ambition (du côté de Mario/Nintendo ; et je me souviens également d'un titre sur NeoGeo dans les années 90, qui avait l'air bien barré pour l'époque). En tout cas, je trouve que le genre est trop peu exploité par les éditeurs, tandis que les PES et FIFA sont de plus en plus gnangnans malgré leur rentabilité.

Un jeu d'aventure coopératif, sratégique, simple, vu de dessus, en temps réel

Trois exemples imparfaits pour illustrer cet intertitre laborieux : Gauntlet sur CPC (années 80) ; le très bon Syndicate du début des années 90 ; ou encore l'excellent Baldur's Gate : Dark Alliance du début des années 2000. L'aspect stratégique est surtout vrai pour Syndicate ou l'on pouvait s'organiser de véritables opérations d'infiltration à plusieurs joueurs, sur un même écran, en temps réel. Le tout sans pour autant tomber dans une jouabilité usine-à-gaz comme on en voit trop souvent dans les jeux de guerre dans lesquels il faut diriger 350 éléments simultanément. En évitant également l'écueil de la jouabilité tour-par-tour des RPG classiques que, personnellement, je n'apprécie pas. Dans ces jeux, chaque joueur dirigeait son unique personnage et pouvait simplement l'équiper selon l'objectif à atteindre pour chaque niveau. Des principes simples mais diablement efficaces. Je me souviens particulièrement du plaisir que j'avais à jouer à Syndicate en duo. Jeu dans lequel un joueur pouvait attaquer un objectif en frontal à l'arme lourde pour faire diversion tandis que le deuxième joueur contournait ce même objectif pour réussir la mission en cachette. On pouvait parfois tout aussi bien réussir une mission sans avoir à tirer un coup de feu, juste en progressant assez discrètement.
Dans Baldur's Gate Dark Alliance, un joueur pouvait attirer une vague d'adversaires vers lui tandis que l'autre se cachait en embuscade dans un recoin pour les sniper à l'arc sans faire de bruit. Dans Gauntlet, certes mythique mais franchement plus bourrin, chacun devait tenir son front pour contenir les assauts de plusieurs dizaines d'adversaires… tout en progressant dans un labyrinthe. Parfois, l'un de joueurs craquaient et allait se planquer dans un coin pour finir seul le niveau tandis que son ou ses compagnons, à effectif réduit contre la meute, se faisaient massacrer. Non, ce n'est pas du vécu ;-)
Aujourd'hui, on voit revenir le genre aventure-coop’-temps réel là ou on l'attendait le moins : dans les jeux de plateformes (New Super Mario Bros et Rayman Origins). Malheureusement, même si ces deux là sont de très bons jeux, l'aspect plateforme, en vue latérale, élimine une bonne partie du potentiel stratégique (idem pour les jeux en vue subjective d'ailleurs, on l'on mise d'avantage sur les sensations que sur le gameplay). Dès l'antiquité, les militaires l'avaient compris : rien de mieux que la vue en hauteur pour organiser des mouvements de troupe.

Si ces deux jeux existent déjà (et surtout, s'ils sont intéressants !), n'hésitez pas à m'en faire part. Je ne suis pas un expert de l'actualité JV et il est tout à fait possible que je sois passé à côté.

Et si on faisait évoluer la manière de commenter les matchs de foot ?

Si vous avez l'habitude de suivre ce blog, vous savez que je fais bien moins que je le devrais pour vous donner envie de me lire. Rythme de publication occasionnel ; ligne éditoriale inexistante ; absence permanente de votre serviteur dans les divers évènements organisés in real life autour des blogueurs, qui nous auraient peut-être rendus « amis » ; et même lorsque je décide de sacrifier quelques minutes pour écrire un billet, il me reste cette faculté extraordinaire à me focaliser sur des futilités. Ni grand penseur, ni expert, ni loleur, je ne fais décidément rien de ce qu'il faudrait pour valoriser ce blog. Vous ne serez donc pas surpris que le sujet du jour soit consacré à l'univers passionnant des commentaires de matchs de foot. Ou plutôt de ce que l'on pourrait faire pour les rendre plus intéressants.

Depuis l'Antiquité, les commentaires de matchs de foot n'ont pour ainsi dire jamais évolué. En gros, ce sont deux ou trois types qui passent 90 minutes à nous expliquer qui a le ballon, à nous livrer des bribes d'analyse sur le cours du match, et à boucher les blancs par quelques informations techniques (« il était en déséquilibre, sa frappe ne pouvait pas rentrer »). Quelle que soit la chaine, quel que soit le match, nous avons les mêmes commentateurs polis et rigoureux qui, certes, permettent d'emballer proprement un match, mais sans jamais chercher à apporter d'avantage de valeur ajoutée. Ne comptez surtout pas sur l'intérêt des commentaires pour contrebalancer l'ennui d'un mauvais match.

Pourtant, depuis des années, je rêve en secret d'une manière de commenter qui participe pleinement au spectacle. Remplacer nos duos consensuels par de véritables teams un peu plus canailles. Quelque chose qui, dans l'esprit, se rapprocherait de l'émission culte Enfin du foot, diffusée sur l'Équipe TV entre 1999 et 2005, dans laquelle Didier Roustan avait réuni autour de lui une équipe de journalistes sans costards (dont Pierre Ménès pour ses débuts télé) mais qui n'hésitaient pas à sniper les joueurs, à se couper la parole ou à carrément s'engueuler sur une analyse d'après matchs. Ambiance café du commerce bruyante et assumée, dont le côté passionnel ne dévalorisait pas pour autant l'expertise journalistique. Un format freestyle qui fut largement repris par la suite (100 % foot sur M6, Les spécialistes sur Canal+, On refait le match sur RTL, pour les plus connues) et qui a même finit par influer sur le PAF bien au delà du sport puisqu'il existe aujourd'hui plusieurs émissions télé ou radio du même type dans le domaine de la politique et de la culture.
Comme la bande à Roustan, j'aimerais que les gens qui commentent les matchs de foot aient le droit de prendre parti pour une équipe, de se chamailler à l'antenne, de se moquer (au propre comme au figuré) de ce qui se passe sur le terrain, de nous faire rire, de hurler lorsqu'il y a un but important, ou de taper du poing sur la table lorsque le ballon passe à côté. En fin de compte, j'aimerais que ces commentateurs soient mes compagnons de pizza.

Des équipes modulables de 5, 6, 7 ou 8 (?!) personnes pour commenter un match, dans laquelle chacun aurait son rôle :
— un maitre de cérémonie à l'ancienne (exemple : Thierry Roland, mais oui) ;
— plus 2, 3 ou 4 consultants un peu tchatcheurs, façon Pierre Ménès, Dominique Grimault, Didier Roustan, Christophe Dugarry, Eugène Saccomano, Franck Annese (sémillant rédac’ chef de SoFoot), et tant d'autres… ;
— accompagnés, pourquoi pas, d'un ou deux invités people qui viendraient apporter au groupe un contrepoids un peu plus amateur, voire complètement décalé. Imaginez un Fabrice Eboué ou un… Francis Lalanne, et toutes autres vedettes capables de jouer les trouble-fête ou simplement de soutenir une équipe à ses risques et périls.
Puisqu'il s'agit, en gros, de la composition-type des émissions qui descendent de Enfin du foot, je me demande tout simplement en quoi ces gens seraient moins intéressants pendant un match que sur un plateau d'après match ? Bien sûr, il ne s'agit pas tout à fait du même métier et doubler ou tripler le nombre de commentateurs sur chaque diffusion demanderait un minimum d'organisation… mais à priori rien d'insurmontable au delà d'une éventuelle période de rodage.

En attendant, le duo Thierry Roland - Jean-Michel Larqué pourrait de nouveau se réunir à l'occasion de l'Euro 2012. Joli coup pour M6 mais pas sûr que ce probable retour fasse progresser l'intérêt des commentaires de matchs de football.

Ci-dessous, l'équipe historique d'Enfin du foot.



Dans l'ordre, les consultants-débatteurs de 100 % foot (période Estelle Denis) ; la bande des Spécialistes de Canal + et l'actuelle « dream team » de l'Équipe TV :



En France on a pas une bonne équipe de foot, mais on a des idées

Ce soir, les joueurs de l'équipe de France de Football porteront pour la première fois un maillot en version marinière. Prise de risque inédite, polémique engagée, avis partagés. Pour Guy Roux, « sur le principe, c’est une honte. Il y a des symboles auxquels on ne peut pas toucher. Ceux qui ont hurlé après l’Afrique du Sud auraient dû hurler en voyant ce maillot. »

Un symbole ? Au lendemain de la campagne la plus honteuse de l'histoire de l'équipe nationale, le maillot bleu uni traditionnel n'est-il pas justement devenu un symbole… de la défaite ? Et si on en inventait un autre ? Tricot rayé porteur d'un vent de fraicheur qui soufflerait sur le foot français. Un maillot qui évoquerait une histoire, des valeurs et une élégance qui, enfin, dépasseraient le petit univers tuning et prétentieux de l'esthétique foot.
Oh bien sûr, les vrais de vrais continueront probablement à porter leur vieux maillot bleu de 1998 pour aller au stade. Mais les autres, des footix aux hools, et même ceux et celles qui n'aiment pas ou plus le foot… pourquoi ceux-là ne pourraient-ils pas se réjouir de voir venir du large ce nouveau maillot ?

Sport, gros sous et création, voici la petite histoire d'un maillot qui en dit long.



La France joue en vert - 1978

Avant toute chose, tentons de remettre le maillot des bleus dans son contexte. La tenue de l'équipe de France n'est ni le drapeau français, ni un vêtement vide de sens que l'on porterait simplement pour se protéger du froid. Dans sa forme classique, c'est un maillot qui porte un sens (supporter l'équipe nationale) et une histoire, celle, et uniquement celle, du football français. Sauf que malgré la place importante qu'occupe le foot dans les médias, son histoire française n'est en réalité pas très reluisante. Car si la France n'a jamais été un grand pays de sport, elle ne l'est pas d'avantage pour ce qui concerne le ballon rond.

Évidemment, sur un siècle de foot français, il y a forcément eu quelques bons crus. 1958, 1982, 1984, 1986, 1998, 2000, 2006, en dehors de ces 7 petites années de compétitions mondiales ou européennes, soit l'équipe de France ne s'est pas qualifiée, soit elle s'est faite éliminée au 1er tour. Pour une nation qui se situe au 4e rang mondial en nombre de licenciés, ça fait désordre (il reste 1,8 millions de footballeurs français en 2011, après les 8 % de défections qui ont suivi la coupe du monde). Quant aux compétitions de clubs, les résultats sont encore moins honorables, avec 2 titres remportés sur 124 compétitions disputées.
Comble du ridicule, malgré ces mauvais résultats, les français ont créé quasiment toutes les compétitions internationales liées au foot : la coupe d'Europe (à l'origine coupe des villes de foire), c'est nous ; la coupe du monde (trophée Jules Rimet), c'est nous ; les jeux Olympiques (Pierre de Coubertin), c'est nous ; le Ballon d'or (France Football), c'est nous. Nous sommes ce vieux camarade de collège qui ramenait toujours son ballon mais que personne ne voulait dans son équipe.

En plus d'être historiquement mauvais, nous cumulons encore aujourd'hui quelques handicaps :
• En France, le football a une mauvaise image. Aimer le rugby, c'est bien mais aimer le foot, c'est mal. C'est comme ça. Au fil des années, ne pas aimer le foot est devenu une posture valorisante. Le contraire de l'Angleterre, qui est pourtant le pays d'origine des hooligans (et du rugby), où supporter une équipe de foot est devenu une activité raffinée. Stades pleins, billets vendus chers à des supporters de bonnes familles, plus de grilles de sécurité entre terrain et public… De l'autre côté de la Manche, les personnalités adorent se montrer dans les gradins, un peu comme cela se fait chez nous pour le tennis ou aux États-unis pour le Basket — en France, mis à part Francis Lalanne et Micheal Youn, c'est plus rare.
• Ceci expliquant peut-être cela, les supporters français sont manifestement moins passionnés que les autres. Lors des grandes compétitions qui se déroulent à l'étranger, les supporters des équipes adverses sont toujours en supériorité numérique, quel que soit leur situation économique, géographique ou footballistique. Par exemple, en Afrique du Sud, il y avait d'avantage de Mexicains et d’Uruguayens que de Français dans les gradins. On aurait pu jouer un match de coupe du monde en Belgique contre le Bangladesh que les tribunes n'auraient toujours pas été à l'avantage des bleus. Même à domicile, lorsque l'équipe nationale joue contre la sélection du pays d'origine d'une communauté immigrée, c'est cette équipe qui recueille le plus d'encouragements (ou disons plutôt, le moins de sifflets). Autant de phénomènes totalement inimaginables dans les grandes nations du football.
• De manière générale, jouer n'est pas bien vu. Les enfants ne jouent plus dans la rue (surtout pas au foot, ça pourrait abimer les voitures en stationnement) ; les jeux vidéos ont mauvaise presse ; les jeux de société sont peu pratiqués (contrairement à d'autres pays, notamment l'Allemagne) ; et les emplois du temps laissent peu de place aux activité extra scolaires. Commence par bosser, tu t'amuseras ensuite.
• En mode compétition, nous avons pris la mauvaise habitude de positiver les défaites. Par exemple, défiler sur les Champs pour honorer la finale de coupe d'Europe perdue par l'équipe de Saint-Étienne en 1976 ; recevoir les bleus à l’Élysée après la défaite de 2006 ; nommer Bernard Laporte ministre des sports après qu'il ait échoué à la 4e place d'une coupe du monde de Rugby… Nous avons d'avantage fêté les échecs que les victoires. Dans le sport français, les entraineurs ont l'habitude « des défaites riches en enseignements » ou de perdre « malgré un bon match ». Au hasard de mes recherches, j'ai même trouvé un dossier de l'Internaute sur « ces défaites aussi mythiques que des victoires ». [Édit d'après match : contre la Croatie, « c'était un bon 0-0 » selon Laurent Blanc.]
• Les journalistes de la télévision française, qui se ruine en droits de retransmissions, sont régulièrement contraints à surévaluer les chances des sportifs français avant les grandes compétitions afin d'attirer un maximum d'audience. Résultat, à la fin, on est souvent déçu. La déception, c'est le grand truc des journalistes sportifs français. Regardez Stade 2 dimanche soir, vous y entendrez parler de déception une bonne dizaine de fois. En dehors du foot, le tournoi de Roland Garros (1 victoire française en 65 ans) est un haut lieu du ne-ratez-pas-le-match-car-cette-fois-ci-c-est-sûr-on-va-gagner. Au Tour de France, au moins, il y a longtemps qu'on a arrêté d'y croire — comme quoi un journaliste cycliste peut aussi être honnête.
• Au delà du foot et du sport en général, la France n'a jamais compté sur ses gros bras pour se faire mousser. Penseurs, écrivains, artistes en tous genres, mode, luxe, gastronomie, art de vivre, voila ce que nous aimons. La sueur et le sang, non merci — bien souvent, cette posture est d'ailleurs toute à notre honneur. Alors que pour d'autres pays, le sport est facilement assimilé à une mesure de quéquettes gonflées à coup de millions et de produits pour affirmer une forme de supériorité sur d'autres nations — on se souvient notamment de la rivalité sportive qui opposaient les pays du bloc communiste aux USA, dans les années 70-80. Pas de ça pour la France qui a sa petite formule toute faite et arrangeante : « l'essentiel est de participer ». Dans le même esprit, nous sommes les champions du monde d'une lutte anti-doppage bien pratique pour rabattre le caquet des gros bras étrangers qui oseraient nous traiter de losers.

Bref, pour ceux qui ne le savaient pas ou qui ne s'en étaient pas encore rendu compte, le maillot bleu n'est pas vraiment porteur d'une immense ferveur nationale.



Cela n'a pourtant pas empêché Nike de signer un contrat record (mondial) de 320 millions d'euros pour habiller les bleus pendant les 7 prochaines saisons. Contrat signé il y a 2 ans (mais qui n'est devenu effectif qu'à partir de janvier dernier), à l'époque où l'équipe finaliste de la coupe du monde 2006 pouvait encore faire illusion.
L'argent qui passe par la FFF demeure toujours un grand mystère. Droits télé, perception de la cotisation annuelle des licenciés, contrats publicitaires, produits dérivés, subventions de l'État et des collectivités territoriales… Pour un budget annuel estimé à 200 millions d'euros seulement (à titre de comparaison, un club comme le Real de Madrid, c'est 438 millions d'euros de budget annuel). Sur cette base, l'équipe de France (l'équipe A masculine) génère à elle seule 80 millions annuels de revenus, soit 40 % du budget global de la fédération française de football.
On comprend alors l'intérêt d'inaugurer un nouveau maillot bleu au début de chaque phase de qualification pour une compétition internationale, c'est à dire tous les 2 ans. Parce qu'au bout du compte, Nike et ses maillots, c'est au moins un quart du budget annuel de la FFF (42 millions d'euros annuels assurés par le contrat signé avec Nike auxquels s'ajoutent une partie du bénéfice sur les ventes). On est loin des 1 200 000 maillots floqués au nom de Cristiano Ronaldo qui se sont arrachés la saison dernière du côté de Madrid mais, potentiellement, la vente de maillots et autres produits dérivés est un business en or. Dans le cas de la Fédération française de foot, on pourrait même parler de business vital, qui induit une certaine obligation de résultat afin d'équilibrer le budget de la première fédération sportive du pays.
Sauf que l'équipe de France a été la risée de la dernière coupe du monde. Avant le drame, se promener dans la rue avec le maillot des bleus n'était déjà pas très valorisant, mais depuis juin dernier, c'est tout simplement devenu le vêtement le plus ringard du monde.
Catastrophe !

Par conséquent, Nike sait d'ores et déjà que le maillot bleu officiel de l'équipe de France, celui qui est porté lors des matchs à domicile, sera peu vendu. Ce maillot bleu, qu'on ne peut pas trop toucher (cf. Guy Roux, cité au tout début de cet article), a tout de même eu droit à sa nouvelle version Nike. Pas trop mal fichu, rétro, sobre, sans chichi, bleu uni. Il fallait le faire, l'équipementier américain s'est exécuté, mais il se vendra peu.
Alors pour se refaire, Nike n'a pas beaucoup d'autres choix que de tenter un gros coup sur l'autre maillot, celui qui d'habitude n'est même pas commercialisé : le maillot blanc qui sert parfois aux matchs disputés à l'étranger (selon les couleurs portées par l'adversaire). C'est celui-ci que la marque a totalement revisité dans un style marinière.
Nous avons donc une « figure imposée » pour les supporters de base (le maillot bleu officiel) et un maillot marinière manifestement conçu pour séduire un nouveau public. Un maillot rayé qui nous parlerait un peu d'autre chose que d'une grosse étoile brodée qui n'impressionne plus personne, sous un coq trop régulièrement déplumé. D'un point de vue merchandising, se rapprocher de ce qui se fait dans d'autres sports comme le rugby et le tennis, en commercialisant des habits qui peuvent se porter dans la vie de tous les jours, sans forcément afficher l'intention de rendre hommage à une équipe merdique.

La marinière des bleus n'est pas seulement un bon concept marketing. C'est aussi une façon intéressante pour l'équipe de France et même pour la France tout court de communiquer sur des valeurs qui dépassent largement le cadre du football. Un message qui dirait, en gros, que quel que soit son niveau sportif, la France brille dans bien d'autres domaines culturels. La culture française, le glamour, la mode, les pensées nouvelles… Quant bien même l'équipe perdrait tous ses matchs, ce maillot continuerait à donner une image valorisante du pays. Combien d'équipes dans le monde, aussi prestigieuses soient-elles, pourraient se permettre une telle coquetterie ? Sans doute pas beaucoup. Et je trouve cette idée d'autant plus intéressante qu'elle est mise en œuvre dans le contexte défavorable que j'ai tenté de décrire précédemment. D’ailleurs, sans cette situation extrême (bleus qui sont encore moins bankables qu'à l’accoutumée + contrat record signé avec Nike), ce maillot n'aurait peut-être jamais vu le jour.



Notez l'intégration du blason de la FFF, encadré par une bande de couture soudée, comme cela se fait pour les sacs étanches qu'on utilise en navigation (dommage que le logo au coq soit si mal fichu). Remarquez la manière dont les noms et les numéros de joueurs sont intégrés au dos. Bien vu.
En revanche, le logo Nike est intégré de manière moins heureuse, donnant l'impression d'être coincé entre deux rayures.



En deux siècles, la marinière est devenu un vêtement emblématique de la culture Française. Longtemps associée aux marins, qu'ils soient civils ou militaires, elle est au départ synonyme d'anti-conformisme. En effet, historiquement, les habits rayés étaient généralement attribuées aux prisonniers — et aux jeunes mousses. Techniquement, les rayures blanches et bleues du tricot rayé, comme on l'appelait dès le début du XIXe siècle, permettaient, dit-on, de repérer facilement un marin tombé à la mer. Introduite dans la mode par Coco Chanel dans les années 1910, la marinière n'en est plus jamais sorti. Atemporelle, unisexe et déclinable à volonté, nombreux sont les créateurs ayant repris les rayures bleues et blanches, que ce soit dans la haute couture ou dans le prêt-à-porter.
On pourrait dire de la marinière qu'elle symbolise, lorsqu'elle est portée par des hommes, un mélange de virilité et de romantisme. Penchant largement exploité dans l'art, le cinéma et la publicité, y compris pour toucher un public féminin ou gay.

Deux photographies du duo Pierre et Gilles. Sur celle de droite, un joueur Français salue un supporter.


Francis Kurkdjian, maître parfumeur, raconte le parfum Le mâle, de Jean-Paul Gaultier, et les valeurs qui s'y rattachent (pour les marsiens qui liraient ce billet, je rappelle que Gaultier a fait des rayures marines sa marque de fabrique). Dans ces campagnes publicitaires, on notera que les bachis portés sont de type américain (façon Popeye), et non français (voire photos de Pierre et Gilles ci-dessus) :


Comme le souligne GQ, il y a peut être aussi quelques chose de l'origine malfamée des rayures verticales qui ressort de ce maillot. Un côté Bagnard et pénitent pas inintéressant dans le contexte de l'équipe — et qui sera peut être d'avantage interprété ainsi dans d'autres pays.



Alors certes, Nike brouille les pistes en embauchant Karl Lagerfeld uniquement pour assurer les photos du lancement (du coup, beaucoup pensent que l'allemand a dessiné ce maillot — sont malins chez Nike). Il y a de l’esbroufe marketing et l'on sent que l'objectif principal est de faire un maximum d'argent. La preuve en est que l'équipe de France jouera exceptionnellement ce soir à domicile avec son nouveau maillot extérieur (qu'elle n'a pu inaugurer contre le Luxembourg qui jouait chez lui, en blanc), dans l'évidente volonté de lancer au plus vite la vente de celui-ci. Bon. Tout n'est décidément pas rose dans le monde du foot.

Mais finalement, cette marinière… ne serait-ce pas la meilleure chose qui soit arrivée au football Français depuis 1998 ?


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PS : quand on habille les marins en footballeurs, ils ne mouftent pas. Et pourtant…


Edit 23 H 34 : oui je sais, c'est facile :

La République à visage découvert



Cette affiche me fait honte.

Notamment parce que son message ne s'adresse évidemment pas aux personnes concernées par le port des Niqab, Burqa et Tchador — d'ailleurs, quel que soit son avis sur la question, on se doute bien que ces dernières ne changeront pas leurs traditions parce qu'elles se sont rendues sur le site visage-decouvert.gouv.fr.
Non, à l'évidence cette campagne de communication est conçue pour informer les autres, en particulier s'ils avaient l'intention de voter très à droite aux prochaines élections.

Que la République soit associée à cette démarche me choque terriblement.



Via Laurent.

Enfin la vérité sur l’avenir des livres !

Comme tout le monde, vous souhaitez absolument pouvoir lire en plein soleil ? Vous voulez économiser de la place dans votre bibliothèque ? Vous avez besoin d'embarquer 75 livres lorsque vous voyagez, sans pour autant vous surcharger ? Vous avez des problèmes de vue ? Vous aimez les classiques ? Vous souhaitez faire des économies par rapport aux versions imprimées ? Pour vous, ebooks = romans & essais (vous oubliez d'évoquer les beaux livres, les guides pratiques, les BD et autres livres pour enfants lorsque vous discutez de Kindle et autres liseuses disponibles) ?

Vous souhaitez pouvoir lire en conduisant ? Lire en marchant ? Lire en travaillant ? Tout comme moi, vous aimeriez lire d'avantage sans vous endormir toutes les demi-heures ?

En fait, vous ne souhaitez peut-être pas lire autant que ça, mais tout simplement avoir accès facilement à des textes de qualité qui vous procureront peut-être émotions, divertissements et connaissances ?

Ne cherchez plus ! Rendez-vous sur litteratureaudio.com. 1 600 classiques de la littérature disponibles en version audio, tous téléchargeables et accessibles en streaming, disponibles gratuitement et instantanément. Tous les grands auteurs lus par des bénévoles, sans DRM, ni inscription préalable.

Et si ça ne vous suffit pas, voici la page de liens proposée par le site qui vous enverra vers des centaines d'autres références d'audiolivres, toutes librement accessibles.

Afin de préserver un minimum de crédibilité, peut-être ne devrais-je pas préciser que je n'ai découvert ce site qu'hier soir. Et encore, après une recherche spécifique. Tant pis, c'est fait, j'ai vendu la mèche.

Révolutions arabes


© Christophe Druaux

Vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir.

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Edit 27/02/2010 :
Quelques jours après la publication de cette petite carte, le sort a voulu qu'on commence enfin à lire le mot « Libye » dans la presse internationale. En risquant leur vie pour filmer la rue à l'aide de leurs téléphones portables, les opposants libyens ont d'abord réussi à forcer la main des journalistes et des diplomates qui semblaient s'accommoder sans peine de la « discrétion » de ce grand pays, pourtant situé entre la Tunisie et l'Égypte et, accessoirement, dirigé par un fou.

Damart m’a tuer

Ceci est un billet sponsorisé.

Je m'occupe quotidiennement du courrier de ma grand-mère qui reçoit au moins une fois par semaine ce que j'appelle un « courrier pour débiles » de la part de plusieurs marques de VPC (dont Damart), chez qui elle a déjà commandé par le passé. Et qui ne la lâchent pas depuis 30 ans, à coup de cafetières en plastique de 20 centimètres de haut en cadeau pour toute commande supérieure à 100 euros ; ou de sets de serviettes de table en polyester gracieusement offerts pour la remercier de sa fidélité. Bref, je suis bien placé pour savoir qu'en passant une commande sur le site Damart.fr, je courrais le risque de me faire spammer pendant les dix prochaines années. Oui mais voilà, non seulement j'avais déjà entendu mon aïeule dire du bien des produits de la marque à l'éclair (qui plus est, une marque principalement tournée vers les seniors) mais en plus, c'est effectivement sur ce site que j'avais réussi à trouver le cadeau de Noël que je voulais lui offrir : un peignoir chaud, de la bonne taille et de la bonne couleur. C'est ainsi que j'ai pris le risque de me jeter dans la gueule du loup.
Je redoutais tellement le spam qu'au moment de passer commande (juste avant de payer 5 € pour frais d'emballage + 3,60 € de frais de port, pour un bête peignoir envoyé dans un sac plastique), j'avais pensé à faire une photo d'écran pour garder la preuve que j'avais bien coché les pastilles censées m'assurer que je ne recevrai pas d'offres commerciales de la part de Damart… par email.



Je reçois le colis, les fêtes passent, je pars en vacances, plus de nouvelles de Damart, tout va bien.

Et vlan ! Hier matin, je reçois une enveloppe grand format d'un centimètre d'épaisseur pour un poids de 440 grammes, signée Damart. Envoyée sous un emballage plastique opaque siglé, de contenance beaucoup plus large que l'enveloppe, comme s'il s'agissait d'un objet reçu en cadeau relatif à ma précédente commande — ce que j'ai d'abord cru avant de l'ouvrir. Dans ce sac, il y a même un (véritable) bordereau de livraison visible depuis l'extérieur. Mais à défaut de cadeau, il ne s'agit que d'un bon gros pack publicitaire « de bienvenue ».
Dans l'enveloppe, la totale : catalogue saisonnier, « dossier de bienvenue remis à : notre nouvelle cliente » et tout un tas d'autres prospectus imitant lamentablement un avis de confidentialité, un bordereau d'expédition, des chèques cadeaux, des lettres annotées… il y a même une imitation de photo Polaroid.
Ça y est, mon nom et mes coordonnées sont entrés dans la base client de Damart, je suis foutu. Ma vie est fichue. Pendant quelques minutes, je pense à mourir.

Ci-dessous, l'enveloppe. [édit] Avec l'adresse wwww.damart.fr, oui, il y a bien 4 W (merci à Babky pour le signalement en commentaire, je n'avais pas fait attention).



Agir, vite. Mon premier réflexe est de téléphoner au service client de Damart pour demander le plus simplement du monde à être sorti de leur fichier. Premier appel vers 13 heures. Je me dis qu'une entreprise à l'image aussi rétrograde ne doit même pas avoir de standardiste disponible à l'heure du déjeuner, mais je tente quand même — ayant d'autres chats à fouetter, j'aimerais boucler cette histoire au plus vite. Le répondeur m'annonce que l'appel me coutera 0,34 centimes par minute après le bip. Mpfff, ça commence bien. Après le bip justement, un autre message m'indique que mon temps d'attente sera de 3 minutes et 38 secondes (environ, je ne m'en souviens plus précisément). Un temps d'attente annoncé à la seconde près, c'est louche… Et effectivement, une fois les 3 minutes et 38 secondes passées, le répondeur m'affirme que tous les opérateurs sont occupés (bon appétit) et que je dois rappeler plus tard. Point. Le répondeur entame une mélodie qui ne me laisse entrevoir aucune autre possibilité que de raccrocher au plus vite mon combiné si je ne veux pas perdre d'avantage que l'euro que Damart vient de me faire dépenser pour cette attente inutile.

Je commence à être agacé.

Une heure et demie plus tard, je décide d'y retourner, au moins pour voir jusqu'à quel point Damart est prêt à me prendre pour un con (je suis d'un naturel curieux).
Le temps de pause déjeuner/arnaque téléphonique est visiblement terminé et cette fois-ci, j'ai très vite accès à une aimable opératrice à qui j'explique ma situation. La dame me répond que pour cesser de recevoir de courrier de la part de Damart, je dois envoyer une demande écrite, par lettre postale. « On ne peut pas valider votre demande par téléphone, c'est impossible Monsieur, l'ordinateur refusera » me dit-elle en substance. Je demande, en essayant de rester sérieux, comment « l'ordinateur » pourrait-il d'avantage accéder à ma demande après l'envoi d'un courrier ? Bug de l'opératrice qui me répète que je dois envoyer un courrier.
Je suppose que Damart est une multinationale à l'organisation complexe. Il doit surement falloir passer par le siège de Damart, situé à San-Fransisco, pour avoir accès au service résiliation — une cellule composée d'une centaine de personnes chargées de s'assurer que chaque suppression de la base client est correctement effectuée.

Je vous jure que j'ai un tas de choses infiniment plus intéressantes à faire que d'envoyer un courrier à chaque marchand qui m'expédierait un pli publicitaire sans mon consentement. Et pourtant, ce matin, je prends quand même le temps de l'écrire, cette demande. Sauf qu'au lieu de l'envoyer à Damart, je la publie sur mon blog.

Ça, c'est pour Damart.

Mais ce qui m'a vraiment décidé à écrire ce billet, outre le fait de connaitre les pratiques publicitaires de ce genre d'oiseau sur le bout des doigts, c'est que je vis déjà une mésaventure comparable, et même encore plus absurde, avec La Redoute. En effet, je ne suis pas client de La Redoute mais je reçois depuis bientôt deux ans les prospectus et catalogues d'une autre personne dont l'adresse a probablement été mal lue. Une certaine Thérèse Larcher, que je ne connais ni d'Éve, ni d'Adam. Dès le début, j'avais contacté La Redoute pour tenter de leur faire économiser des dizaines de kilos de papier et j'avais obtenu la même réponse que chez Damart. Pire encore, l'opératrice roubaisienne m'avait même averti que je ne pourrais probablement pas modifier les données-client d'une autre personne (je ne suis même pas dans leur base). En d'autres termes, je ne pouvais pas empêcher La Redoute de continuer à m'envoyer les courriers de cette désormais célèbre Madame Larcher. Par conséquent, ça fait deux ans que je reçois régulièrement des catalogues d'un millier de pages et autres courriers publicitaires abrutissants qui sont systématiquement jetés à la poubelle sans même être ouverts. C'est comme ça.

Il est donc très probable que pendant des années encore, je vais recevoir une quantité considérable de papier de la part de Damart et de La Redoute, dont je n'ai que faire. Oh bien sûr, sur la forme, ce n'est pas bien grave. Mais sur le fond, c'est totalement absurde. Papier gâché, facteurs inutilement chargés, poubelles inutilement pleines. Peut-être même que cette Madame Larcher, si elle vit toujours, est contrainte d'acheter ses catalogues La Redoute depuis que je les reçois gratuitement pour elle. Entreprises de vente par correspondance d'une autre époque, qui ne survivront pas longtemps à leur clientèle âgée si elles continuent à faire preuve d'autant de bêtise.

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Mais puisqu'il en est ainsi, je vous propose de nous amuser avec un déballage commenté de cette enveloppe que Damart a tant tenu à m'envoyer.
Ces documents sont tous imprimés en quadrichromie, recto/verso, sur papiers couchés, certains sont composés de plusieurs pages, d'autres sont collés les uns sur les autres à l'aide de points de colle sèche. Assurément, tout cela coûte cher à imprimer, façonner, assembler et envoyer. L'enveloppe comporte également le catalogue printemps-été, qui est conçu de manière plus classique, sans ambiguïté, rien à redire sur ce support. Comme il serait fastidieux de numériser toutes les pages de chaque document, les images présentées ci-dessous ne représentent qu'une partie de l'ensemble du contenu imprimé reçu.

Pour commencer, la couverture du dossier de bienvenue. Comme tous les documents reçus, les textes sont tournés au féminin. Damart s'en fout, les quelques veufs qui commandent chez eux sont vieux et ils ne se plaindront pas. De toute façon, doubler (ou personnaliser à l'impression) tous ces documents au féminin et au masculin couterait beaucoup trop cher. En revanche, Damart a assez d'argent pour offrir une parure éponge huit pièces en cadeau pour ma prochaine commande :



Un faux bordereau d'expédition, avec prédécoupage de chaque côté, un pli sur la longueur et impression intérieure, comme les vrais. Coute une fortune à fabriquer. Dites-vous bien qu'il y a quelque part sur Terre une personne qui a eu l'idée de faire ce faux bordereau d'expédition pour inciter les clients Damart à dépenser leur argent. Cet homme est peut-être votre voisin, il connait peut-être vos enfants.
Comme si elles comprenaient l'écrit aussi mal qu'elles entendent, les gens qui conçoivent ces documents croient qu'il faut répéter 15 fois les choses pour s'adresser aux personnes âgées. Donc oui, pour ceux qui ont mal lu la couverture du dossier de bienvenue, il y a bien une parure éponge huit pièces en cadeau pour la prochaine commande :



Les vrais-fausses mentions supposées avoir été ajoutées au stylo-plume. Un grand classique du genre. Pour tenter de crédibiliser ce charabia, il y a même les signatures de personnes censées être des gros bonnets chez Damart, et notamment celle de « la direction des gros lots ». La direction des gros lots de Damart… tout un programme ! Tu fais quoi comme métier ? Directeur-adjoint des gros lots chez Damart. Ah.
Remarquez les lots barrés « au stylo », qui ne sont pas assez bien pour les nouveaux clients. Ainsi vous savez dès le départ que les anciens clients sont moins gratifiés que les nouveaux. Ces documents sont un bonheur à décrypter !



Attendez, à force d'écrire des bêtises, je ne me souviens déjà plus du cadeau auquel j'ai droit en tant que nouveau client ?… Ah oui, ça me revient : une parure éponge huit pièces ! Avec le logo Max Havelaar, oui Madame. Chez Damart, on jette des tonnes de papiers par les fenêtres, on joue sur la faiblesse des petits vieux mais on est regardant sur le respect des producteurs — pour cette parure tout du moins. Au fait, à quand une certification Max Havelaar pour les produits fabriqués en France ?



Ce document n'est pas facile à imaginer par le biais d'un scan. Il s'agit d'une imitation de cliché Polaroid (avec le carré brun au verso, s'il vous plait) collée sur une simili note officielle, façon secret-défense. Le tampon du désormais familier « service gros lots et cadeaux ». Et comme je suis un peu dur du ciboulot, Damart a la délicate attention de me rappeler le cadeau auquel j'ai droit pour ma prochaine commande, tous en cœur : une parure éponge huit pièces. Avec une précision importante cependant : « oui, chère madame, cinq chèques de 1 000,00 € seront bien glissées dans cinq cadeaux conformément au règlement… tout cela afin de créer l'évènement pour accueillir nos nouvelles clientes ». Je vais te le créer l'évènement moi, tiens !



Hop, le pseudo chèque collé sur une énième lettre de bienvenue. Un chèque de - 25 %. Ne le déposez surtout pas à la banque, ça ne passera pas. On imagine ce M. Chaumont (existe t-il vraiment ?), le très apprécié directeur de la clientèle qui doit avoir la lourde charge d'imaginer tous ces supports de communication, s'amuser à gribouiller des milliers de lettres au stylo, la nuit. Courage Madame Chaumont (je peux vous appeler Madame ?), vous ne faites décidément pas un métier facile.



Nous sommes quittes.


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Édit 20/01 - 12 h 00.

Moins de 24 heures après la publication de ce billet, La Redoute a réagi de manière efficace (pour d'avantage d'explications, lire les commentaires) :

Bonjour Christophe,

Effectivement, j'ai lu votre article ce matin.
Le service client, averti dans la foulée, a souhaité vous contacter immédiatement pour faire le nécessaire ;-).
Il est vrai que la gestion d'un fichier de plusieurs millions de clients engendre quelques "mésaventures" telles que celle que vous décrivez dans votre billet sans concessions mais plein d'humour.

Je vous confirme que vous ne recevrez plus nos courriers.
Encore nos plus plates excuses pour cette situation.

Cordialement,
Grégory, Community Manager, www.laredoute.fr


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Édit 15/04 - 9 h 00.

Depuis ce billet, je n'ai jamais plus reçu de publicité Damart.

Ajout










Une image pour la Tunisie



© Christophe Druaux

Tunisie, où l'on tire sur les manifestants.

Revenir vers l'autoproduction




@ Christophe Druaux

Le passage d'une année à l'autre est un concept aussi abstrait que de passer d'un pays à l'autre. Délimitation du temps et de l'espace dont on s'affranchissait aisément autrefois mais que personne ne peut malheureusement ignorer aujourd'hui. Et quelque part, au moment de traverser ces choses invisibles, on se souhaite une bonne année comme on se souhaite un bon voyage.

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C'est drôle, depuis 4 années que j'ai créé ce blog, j'y ai finalement très peu écrit sur mon activité professionnelle.
Je sais très bien qu'y partager ma veille professionnelle sur le design me lasserait rapidement — d'autant que d'autres le font de très bien, et semble t-il avec plaisir. Au delà de la veille, je sais aussi que lancer de grands sujets théoriques relatifs au design sur le net revient à s'aventurer sur un terrain glissant, notamment parce qu'il existe une grande disparité entre designers, y compris au sein d'un même domaine d'activité. Rien que dans le design graphique, on trouve des D.A. en agences, des freelances pour agences, des indés regroupés en petits ateliers (mon cas), des salariés intégrés dans le service communication d'une entreprise ou d'une institution, des étudiants, des gens qui travaillent dans la com', dans la pub, dans le milieu culturel, dans l'évènementiel, dans le packaging, etc. Donc évidemment, lorsque tout ce petit monde se retrouve à discuter autour du nouveau logo de Pôle Emploi, le risque que les échanges atteignent le point Godwin n'est pas nul.
Sur ce blog, sauf à de rares exceptions, je ne parle pas d'avantage de mon propre travail. Notamment parce que je ne veux pas prendre le risque de livrer mes commanditaires à la critique — commanditaires qui peuvent avoir tenu un rôle décisionnel important dans la conception ou dans l'organisation d'un projet.
Pour couronner le tout, je ne réseaute pas et ne suis pas un adepte des conférences ou autres invitations évènementielles (plus par sauvagerie que par posture).
Bref, pour toutes ces raisons, que ce soit sur ce blog ou sur Twitter, j'écris peu sur mon métier.

Alors puisque je n'aime pas parler de cette discipline qui me tient pourtant à cœur, si sous la torture je devais absolument me plier au principe d'une bonne résolution à tenir pour cette année 2011, je penserais en priorité à revenir vers l'autoproduction. Comme il y a 10-15 ans lorsqu'encore étudiant, je faisais du design (graphique et numérique, principalement) sans enjeux, pour m'amuser, pour expérimenter, ou simplement… pour épater la galerie. Oh, pas forcément de grands projets mais de petites images relatives à mon esprit du moment ou à l'actualité, un peu comme celle qui illustre cet article. Sans thématique, format ou régularité imposée.

Je sens que j'ai besoin de retrouver du plaisir à m'exprimer graphiquement.

Mémoires d'un juré

Aux yeux de la Loi, il existe trois catégories d'infractions : les contraventions, les délits et les crimes. La cour d'assises est exclusivement chargée de juger les crimes. Les jurés ne sont appelés que pour siéger en cour d'assises.

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Palais de justice de Bobigny, le mardi 16 novembre 2010, 9 h 30, cour d'assises n°2.
Convoqué une heure en avance, je suis assis dans la salle d'audience avec d'autres séquano-dionysiens appelés à participer au tirage au sort du jury de cette session de cour d'assises. Dans la salle, pas encore d'avocats, de magistrats, pas encore de témoins, ni de spectateurs. Uniquement les peut-être-futurs jurés qui attendent, sans se connaitre, qu'on veuille bien mettre leur nom dans l'urne.

Un homme entre, qui n'était pas présent la veille pour la journée de préparation des jurés (formalités, étude des nombreuses demandes de dispense, séance vidéo, discours du président et possibilité de visiter une prison l'après-midi). La cinquantaine, typé antillais, bonne bouille, plutôt petit, habillé simplement, l’homme qui vient d’entrer dans la salle d’audience semble un peu perdu. Pour s'orienter, il montre sa convocation à un policier posté à l'entrée. Celui-ci lui tend le doigt en direction du banc des accusés.

L'accusé qui vient d'arriver comparait libre, et à ce titre il prend place non pas dans le box, mais juste devant, sur un des sièges réservés normalement aux avocats de la défense. Le voila assis tout seul, comme un con, face à la trentaine de jurés potentiels qui ne se privent pas de quelques chuchotements que je parviens à entendre du fond de la salle : « c'est lui !? ». Comme d'autres, je jette un œil discret pour me remettre en mémoire les accusations qui sont portées à cet homme. « Viols sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité, viols par personne ayant autorité, atteintes sexuelles sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité, atteintes sexuelles par personne ayant autorité » (pour information, viol sur mineur de 15 ans signifie en fait sur personne de moins de 15 ans).
De l'autre côté de la salle, sur les sièges réservés aux parties civiles, arrivent au fil des minutes plusieurs jeunes femmes.
Outre le remord, la honte ou la colère qu'il doit peut-être ressentir face à ses accusatrices, ce petit homme doit aussi avoir peur. Même s'il nie les faits qui lui sont reprochés, la possibilité de perdre sa liberté au terme des trois jours d'audience qui lui sont réservés ne doit pas lui échapper.
Qu’a bien pu faire l’accusé ce matin, avant d’arriver au tribunal pour assister à son propre procès criminel ? Arrosé ses plantes ? Mis un peu de nourriture dans la gamelle du chien ? Salué ses voisins ? Leur a t-il dit où il se rendait ? A t-il composté son ticket de bus ?
À quoi pensera t-il jeudi matin, le jour prévu pour le verdict, juste avant de quitter son domicile pour rejoindre une dernière fois le tribunal ?
Ce jour là, reconnu coupable, les policiers le menotteront pour le conduire en prison, pour huit années. Qu’il aura sans doute bien méritées.

Mais ce premier jour, je ne sais rien de ce qu'il adviendra. Je présume encore l'innocence de l'accusé, et à vrai dire, je ne suis pas sûr de savoir ce qu'il peut bien avoir dans la tête. Quoi qu'il en soit, il m'inspire tant de pitié que je me demande si cette arrivée en avance ne fait pas partie d'une stratégie de défense destinée à émouvoir ceux qui seront désignés pour être jurés, habillement conseillée par son avocat. D'ailleurs, son défenseur, le voici : Alex Ursulet, ténor du barreau, notamment connu pour avoir défendu Guy Georges, qui arrive 20 minutes après son client, accompagné d'une assistante. À peu près au même moment que les autres acteurs de ce procès qui peut ainsi commencer, comme il se doit, par le tirage au sort des jurés.
Malheureusement, je ne ferai pas partie de ce jury. Convoqué comme suppléant, mon nom n'est même pas placé dans l'urne (tous ceux qui habitent la ville du tribunal sont convoqués en qualité de suppléant). Je reste cependant dans le public jusqu'à 13 heures pour assister à la présentation de l’accusé, à la lecture de l’acte d’accusation et à une vaine demande de report de Maître Ursulet. Puis je m'en vais.

***

De retour au palais de justice le lundi suivant pour le tirage au sort des jurés de la troisième et dernière affaire de cette cession d'assises (la deuxième a été jugée le vendredi entre professionnels, lors d'une « procédure par défaut » — l'accusé étant en fuite).

Tiens ! L'avocat général, qui vient d'entrer, est Philippe Bilger. L’un des magistrats les plus médiatiques de France, que je connais notamment pour avoir suivi son blog. Je sais aussi qu'il a écrit de nombreux bouquins sur la justice.

Dans les cours d'assises du palais de justice de Bobigny, les places du public sont divisées en trois zones. Les places de droite, côté box, sont réservées aux familles et aux amis des accusés. Les sièges du milieu, plus nombreux, sont réservés aux spectateurs neutres. Les sièges de gauche, côté avocat général, sont réservés aux parties civiles, à leurs familles ou leurs amis. Le premier jour, les policiers filtrent l'entrée de la salle d'audience afin de ne pas placer n'importe qui n'importe où.
Parmi le public qui arrive au compte-gouttes, je devine les parents des protagonistes. À leurs attitudes, je comprends qu'être assis à la gauche ou à la droite de la salle n'est facile pour personne, surtout pas pour les familles de victimes.

Après une longue attente, pendant laquelle les possibles jurés s'étaient peu à peu mis à papoter joyeusement (les uns racontant leur expérience de la semaine précédente aux autres), tout le monde se tait brusquement. Ce qui me permet, à moi aussi, d'entendre le bruit d'une clé dans la serrure de la porte située derrière le banc des accusés. Avec une heure de retard, les trois accusés entrent, accompagnés d'une escorte de huit policiers. Silence absolu. C'est un moment grave, difficile à décrire. Pendant quelques minutes, je ne me risque plus trop à observer les réactions des familles. Du coin de l'œil, je focalise mon attention sur les accusés, qui n'oseront même pas lever la tête pour adresser un regard à leurs proches, venus courageusement les soutenir.
Quelques minutes plus tard, une sonnerie annonce l'entrée de la cour, c'est à dire le président de la cour d'assises et ses deux assesseurs (des juges professionnels qui ne connaissent pas le dossier). Tout le monde se lève, l'audience est ouverte. Tirage au sort des jurés.

Mes cheveux sont mal coiffés. Ça doit faire quinze ans que je n’ai pas mis les pieds chez un coiffeur, me contentant d'un coup de tondeuse auto administré tous les trois ou quatre mois. C'est ridicule mais sachant que la cession d'assises approchait, je n'avais pas osé me raser la tête, de peur d'être récusé (je suis barbu et nous sommes dans le 93…). Je sais que l'expérience ne sera pas facile mais j'ai diablement envie d'être juré. Cette fois mon nom est bel est bien dans l'urne, j'ai donc une chance.

Et cette chance me sourit ! Lorsque mon nom retentit, un peu sonné par l'émotion, mes jambes passent en mode pilotage automatique pour marcher jusqu'à la place que l'huissier me désigne. Pendant cet interminable trajet, les avocats de la défense et l'avocat général ont le droit de me récuser. Ce peut être à cause de mes origines supposées, de ma profession, de mon sexe, de mon âge, de mon apparence, de ma réaction… tout dépend des spécificités de l'affaire à juger, de la perception et des habitudes de ceux qui disposent de ce pouvoir. La défense peut récuser cinq personnes, l'avocat général peut en récuser quatre, et ceux là n'ont aucune justification à apporter à leurs choix. Le récusé a consigne de n'afficher aucune réaction et doit faire demi tour pour retourner s'assoir dans le public. C'est brutal, mais c'est comme ça.
Avant que mon nom ne soit sorti de l'urne, la défense avait déjà purgé tout son droit de récusation. Les trois défenseurs n'avaient visiblement pas laissé passer les noms à consonance portugaise (origine de la principale victime) et quelques mères de familles dépassant la cinquantaine (qui pourraient, selon mon interprétation, s'identifier à la mère de la principale victime). L'avocat général, quant à lui, n'a récusé que deux personnes dont une, gênée par un problème d'ordre gastrique mais n'ayant pu se faire dispenser par la voie naturelle, qui le lui avait demandé discrètement avant l'audience.

Ouf, je parviens jusqu'au fauteuil qui m'est désigné. Ça y est, j'y suis ! Un soulagement qui ne m'empêche pas de ressentir physiquement une forte pression pendant ces premiers instants. Peut-être est-ce mon cœur qui bat trop vite. Peut être est-ce d'avoir marché en apnée de ma chaise de spectateur jusqu'à mon fauteuil de juré. Toujours est-il que mon corps ressent le poids de la fonction qui vient de m'être allouée, ce à quoi je ne m'attendais pas — pas à ce point en tout cas.
Au sens littéral, je dois faire face. Je ne suis plus au fond de la salle à observer l'assemblée du coin de l'œil mais face aux parties, à leurs familles, à leurs amis et à leurs avocats. Un par un, nous, les jurés, prêtons le serment énoncé par le président :

« Vous jurez et promettez d'examiner avec l'attention la plus scrupuleuse les charges qui seront portées contre les accusés, de ne trahir ni leurs intérêts, ni ceux de la société qui l'accuse, ni ceux des victimes ; de ne communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration ; de n'écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection ; de vous rappelez que l'accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter ; de vous décider d'après les charges et les moyens de défense, suivant votre conscience et votre intime conviction avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme probe et libre, et de conserver le secret des délibérations, même après la cessation de vos fonctions. »

Je le jure.

J'implore mon esprit de me revenir au plus vite. Pour m'y aider, j'ouvre le carnet Moleskine dans lequel j'ai si souvent écrit mes idées. Pendant les quatre jours à venir, je vais y noircir 24 pages.
Dernier juré titulaire a avoir été tiré au sort, je me trouve assis à l'extrême gauche de la salle. Il s'agit d'un procès en appel et par conséquent nous sommes douze jurés au lieu de neuf (plus deux remplaçants qui doivent assister à tous les débats avec nous, au cas où l'un des titulaires aurait un empêchement pendant la durée du procès). Du coup, je me trouve vraiment tout au bout de la table du président, à deux mètres de l'avocat général. Président, assesseurs, jurés titulaires et remplaçants : au total, nous sommes 17 à être installés derrière la longue table du siège, qui domine la salle sur toute sa largeur.

En première instance, les deux principaux accusés ont pris vingt ans. L'un pour meurtre et vol. L'autre, le meneur, pour complicité de meurtre, tentative de meurtre et violences. Ils sont incarcérés depuis mai 2005, peu après la date des faits. Le troisième comparant a été condamné à deux années d’emprisonnement, dont une ferme, pour abstention volontaire d'empêcher un crime. Deux autres personnes ayant fait partie du même groupe, et qui avaient écopé de la même peine en première instance, n'avaient pas souhaité faire appel.
Le premier temps du procès concerne la lecture, par le greffier, de l'Ordonnance de Mise en Accusation délivrée par le juge qui a instruit l'affaire.

Une folle histoire vengeance qui s'étale sur huit heures, trois arrondissements de Paris et trois agressions différentes, impliquant entre 10 et 20 personnes. Une histoire dont l’épisode le plus dramatique fut causé par un dragueur orgueilleux qui, tabassé l'après-midi pour une fille, n'avait rien trouvé de mieux que de revenir régler ses comptes le soir, avec quatre amis et deux couteaux. Voyant arriver les vengeurs avec leurs armes tranchantes, les tabasseurs de l'après-midi s'étaient enfuis tandis que trois de leurs copains de quartier, des jeunes sans histoire avec qui ils discutaient ce soir là en attendant la diffusion d'un match de foot, étaient restés sur place, sans trop comprendre ce qui était en train de se passer. Et pour cause, puisque ces trois là n'avaient précisément rien à se reprocher. Ce seront pourtant les trois victimes. La plus jeune recrue du groupe vengeur, âgé de 18 ans et 2 mois au moment des faits, avait voulu montrer à ses ainés qu'il en avait en plantant son couteau dans la fesse de la première victime — qui était de dos, en train de téléphoner. La lame glissa facilement dans le corps du malheureux sans heurter d'élément osseux, du haut de la fesse jusqu'à l'artère iliaque, située 10 cm sous la surface de la peau. En quelques minutes, la victime se vida de son sang jusqu'à succomber. Pendant ce temps, le meneur, celui qui s'était fait tabassé l'après midi, lui aussi armé d'un couteau (c'est d'ailleurs lui qui avait fourni son arme blanche au tueur) s'en prenait courageusement à la deuxième victime, un handicapé ayant contracté la poliomyélite dans son enfance. Touché à l'arcade, au coude et à la main en cherchant à se protéger de la lame, il est présent dans la salle d'audience. La troisième victime, légèrement blessée, avait été frappée alors quelle tentait de défendre la deuxième victime.

Les faits sont infiniment plus complexes que ce grossier résumé et la lecture de « l'O.M.A. » s’étale sur plus d'une heure. Une grande partie sont reconnus par leurs auteurs, sauf pour ce qui concerne l'intention de donner la mort pour les deux principaux accusés ; et sauf pour ce qui concerne la possibilité d'empêcher un crime, pour le troisième. Ce sont les principaux objets de ce procès en appel.

Je prends un maximum de notes et dresse au pied levé un premier schéma (les érudits appellent cela une carte heuristique) pour tenter de m'y retrouver au plus vite.
À ce propos, je trouve dommage que la cour ne tienne pas à disposition des jurés, des magistrats et du public, des éléments graphiques pour synthétiser visuellement les faits décrits par l'instruction. Par exemple, pour ce cas précis, une carte géographique, une frise chronologique, et un organigramme aurait permis de situer sans ambiguïté les personnes citées dans l'espace, le temps et les relations. Même concernant les débats contradictoires, il serait à mon avis infiniment plus simple de discuter, par exemple, de la position exacte d'un accusé en s'appuyant sur un support cartographique, plutôt que se cantonner à exposer à l'oral les versions des uns et des autres, avec toutes les approximations (volontaires ou non) et interprétations que cela comporte.
D'ailleurs, je l'ai fait : à la fin de la deuxième journée d'audience, j’ai profité de ma soirée pour imprimer un plan Google Map sur lequel j'avais tracé quelques points au stylo afin de visualiser avec précision le déplacement des agresseurs (merci Google Street View pour la localisation exacte des adresses). Cela m'a permis, ainsi qu'aux autres jurés, de comprendre en un clin d'œil que les accusés avaient bel et bien fait volontairement un détour pour aller à la rencontre de leurs victimes.

Suivent les interrogatoires des parties civiles, des accusés, des experts et des témoins, entre lesquels s’intercalent les lectures de quelques procès-verbaux (P.V. pour les intimes). Les questions sont posées par le président, par le procureur et par les avocats. Lorsqu’un juré a une question à poser, il doit le faire par le biais d’une note passée au président qui la lira à voix haute, s'il la juge utile et si celle-ci ne traduit pas une opinion en faveur de l'une des parties. En effet, la tournure de toute question posée lors d'une audience doit restée neutre.
Dans les procès-verbaux, nous remarquons que certaines déclarations, faites à chaud par des accusés pendant leur garde à vue, sont différentes des versions « retravaillées » qui sont présentées depuis le banc des accusés. Ce que ne manquent pas de relever les avocats des parties civiles.

Les accusés gardent la tête basse. Je note sur mon carnet que le premier d’entre eux à s'être exprimé en regardant les victimes ou leurs familles, l'a fait le mercredi, troisième jour d'audience, à 11 heures.
Au fil des déclarations, à de multiples reprises, des personnes craquent, que ce soit à la barre, dans le box ou parmi les spectateurs. Lorsque cela se produit dans le public, l'huissier se déplace pour demander discrètement à l'intéressé(e) de quitter la salle, afin de ne pas troubler les débats. Il y a aussi ceux qui pleurent discrètement, en essayant de ne rien montrer à leurs voisins.
Pendant l'intégralité des quatre jours du procès, le père de la principale victime et celui du principal accusé auront une attitude similaire, le regard figé devant eux, sans une attention pour les accusés.
J'ai toujours autant de mal à poser mes yeux en face à tous ces gens. Quelques regards furtifs par ci, par là. Lorsque je ne suis pas en train d'écrire, j'essaie principalement de me cantonner à fixer ceux qui ont la parole.

• « Des bêtises !? Ce ne sont pas des bêtises que votre frère a faites. Il y a un mot pour désigner ce qu'il a commis » (L'avocat général).

• La petite amie du défunt, constituée partie civile, aux avocats des accusés : « C'est vous qu'on appelle la défense ? J'ai l'impression d'être l'agresseur. »

• La petite amie du défunt : « j'ai l'impression qu'on refait le premier procès, mais avec des accusés qui ont muri et leurs avocats qui ont pris du galon. Sauf que pour nous, les victimes, rien n'a changé. »

• Le docteur Frantz Prosper, expert psychiatre de renom (qui ferme les yeux lorsqu'on lui parle et qui témoigne à la barre en citant les dossier de deux des accusés de mémoire, de manière extrêmement précise, sans aucune note) : « La colère est un domaine passionnant. Il existe de grandes études sur la colère. »

• Le docteur Prosper, roublard, lorsqu'un avocat de la défense lui pose une question : « Voyez-vous, messieurs les jurés, les avocats demandent souvent à l'expert de confirmer des choses que tout le monde sait afin de crédibiliser une thèse au détriment d'une autre. C'est un grand classique des salles d’audience ! »

• Le troisième accusés, qui tente on ne peut plus maladroitement de se dédouaner de l'une de ses anciennes peines : « Vous savez m'sieur le président, tout est possible avec la justice ! »

• L'avocat général, à un témoin de la défense, animatrice d'une association de quartier : « En développant une culture de l'excuse [NDLR : du genre ‘vous comprenez, s'ils font ceci c'est à cause de cela’], n'avez-vous pas l'impression de priver ces jeunes de l'honneur d'être responsables ? »

• Le président : « Pouvez vous nous lire l’étiquette de prix qui est collée sur le manche du couteau qui a servi à tuer ? ». L'huissier : « 3,50 €. »

Au milieu de toute cette gravité, je suis particulièrement impressionné par le brio des avocats. Un métier que je n'aurais décidément jamais pu exercer. Maitrise absolue du langage, vivacité d'esprit, assurance en toutes circonstances. Ils sont six avocats en colère, à défendre leur(s) client(s) comme si leur propre vie en dépendait : Tcholakian, Valent et Bianchi pour les parties civiles ; Cohen-Sabban, Lebras et Kail pour la défense. Les assesseurs nous confirment en coulisse que ce sont plutôt des bons.
À la fin de chaque audience, au moment où nous quittons la salle, l'avocat général glisse souvent un petit mot souriant à son plus proche voisin, c'est à dire moi. « Bonjour », « bon appétit », « vous pouvez laisser vos affaires ici », « au revoir », « à demain ». Pendant les débats, je l'entends parfois marmonner. Aussi, je constate par certaines de ses remarques que l'homme est très pointilleux sur le sens des mots utilisés par les différents intervenants.

Je note jusqu'aux noms et adresses des personnes citées dans le dossier. Ce qui me permet de faire une peu de ‘googling’ le soir, pour tenter de mieux les connaitre. Je me rends compte que tous ces gens, victimes, experts et magistrats compris, sont très peu visibles sur internet — ce que je comprends aisément. Les mieux servis sont les deux principaux accusés, mais pas dans le bon sens puisque Google n'associe leurs noms qu'aux dizaines d'articles de presse qui concernent l'affaire que nous jugeons — qui fut largement médiatisée et qui avait même donné lieu à une marche silencieuse. À cette occasion, je remarque qu'il existe souvent une différence importante entre les faits décrits par les journalistes et la réalité du dossier.
La nuit, je dors mal, quelques heures seulement — et ce sera encore le cas jusqu’à plusieurs jours après la fin du procès. Une fois debout, mon premier réflexe est de noter les idées que j'ai pu avoir dans la nuit.

L'arrivée et la sortie du palais de justice sont des moment un peu particuliers puisque jurés, parties et familles sont amenés à emprunter communément le grand hall du bâtiment. Les familles des victimes et des accusés se croisent en silence. C'est assez gênant et j'avoue qu'il m'est parfois arrivé de regarder mes chaussures en contournant ces gens plus ou moins habilement, d'autant qu'il n'est pas conseillé aux jurés d'entrer en communication eux. En revanche, pour accéder à la salle d'audience depuis le hall, nous avons droit à une porte spécifique — à quelques mètres de l'entrée des spectateurs — ouvrant sur une série de couloirs qui nous amènent directement jusqu'à la salle des jurés.

À partir de mercredi après-midi commencent les plaidoiries. Chacun des avocats essaie de convaincre, voire de séduire le jury. L'impression d'assister à un grand spectacle monté spécialement pour mes acolytes et moi — ce qui n'enlève rien à l'intérêt et à la gravité de ce qui s'y dit. À l'écoute des plaidoiries, je devine des méthodologies, des codes, des façons d'occuper la salle, des façons de se faire respecter entre confrères ou de tenter d'impressionner les magistrats. On cite des références littéraires, cinématographiques et historiques. Certains vont jusqu'à s'aventurer dans des allusions humoristiques, ce que je trouve assez risqué devant les familles de victimes — qui ne sont franchement pas là pour rigoler.

• Maître Valent, pour les parties civiles, commence sa plaidoirie par cette phrase : « Je sais que je suis quelqu'un qui, parfois, peut agacer. »

• L'avocat général, dans son réquisitoire : « Quand j'ai entendu le mot ‘jeu’ prononcé à 2 ou 3 reprises durant ce procès [NDLR : « c'est le jeu », par exemple, entendu le matin même], j'ai du contenir mes pulsions naturelles. La justice n'est pas un jeu, c'est même le contraire ! »

• L'avocat général, pas dupe, dans son réquisitoire : « Au fond, les accusés ne pouvaient être sincères que s'ils s'accablaient totalement. »

• Maître Lebras, pour la défense : « L'acte de juger, c'est aussi l'art d'être compris par ceux que l'on juge. »

• Maître Lebras : « Dans certaines peines d’emprisonnement, il y a un temps qui punit et un temps qui pourrit. »

• Maître Cohen-Sabban commence sa plaidoirie par cette phrase : « Lyon, 11 mai 1987, premier jour du procès de Klaus Barbie. »

• Maître Cohen-Sabban, pour la défense : « La pathétique petite Pita » (à propos d'un témoin rocambolesque dénommée Pita, ex danseuse à Pigalle, ayant involontairement déclenché toute l'histoire.)

• « Et ce n'est pas à vous, jurés de la Seine-Saint-Denis, que je vais apprendre ce qu'est la violence. Elle est, malheureusement, votre quotidien. » Maître Cohen-Sabban, pour la défense. À ce propos, le président nous a indiqué en coulisse que la cour d'assises de Bobigny serait la plus sévère de la cour d'appel de Paris (La cour d'appel de Paris désigne la région juridictionnelle dont Paris est le « chef lieu ». Cette région comprends Paris, la Seine-Saint-Denis, l'Essonne, La Seine-et-Marne, Le Val-de-Marne et l'Yonne).

• Maître Cohen-Sabban : « La justice, pas la vengeance. »

Dans les premières minutes du réquisitoire de l'avocat général, pour lequel je suis aux premières loges, je me trouve plaqué à mon dossier de fauteuil par l'intensité du discours. Bilger, 67 ans, n'a pas de micro et hurle une heure durant, les yeux exorbités, appuyant ses propos et arguments avec force ; le tout servi par une brillante maitrise du français et de la rhétorique. Fluide, précis, percutant, beau à écouter.
Bilger introduit en expliquant longuement son rôle, « avocat de tous les français » dit-il ; et en profite pour nous rappeler, à sa manière, le notre, celui des jurés (comme l'ont d’ailleurs fait plusieurs avocats pendant leurs plaidoiries). Je suppose que c'est une manière de préparer ses auditeurs à ce qui va suivre. Puis il qualifie les actes, employant à cette occasion le terme de « bêtise criminelle ». Enfin, il propose une peine pour chacun des accusés. L'avocat général, dans sa robe rouge à revers bordés d'hermine, doit faire preuve d’un maximum d'autorité. Ne surtout pas trembler, ne surtout pas donner l'impression d'hésiter. Chose apparemment rare, l'avocat général requiert finalement une peine moins lourde que le jugement rendu en première audience : 15 ans au lieu de 20 pour le tueur et pour son complice. Précisant que, selon lui, le premier procès avait été mal jugé.

Le dernier acte du procès commence le jeudi après midi. Après avoir annoncé à la salle que nous allions nous retirer pour délibérer, le président demande à ce que les entrées de la salle des jurés, dans laquelle nous venons de pénétrer, soient surveillées par des gardes armés. Les deux jurés suppléants doivent quitter la salle pour rester enfermés dans le bureau du président. En effet, pendant les délibérés, ces deux là ne doivent être en contact ni avec les jurés titulaires qui délibèrent, ni avec les spectateurs de l'audience. Quant aux jurés titulaires, ils n'ont pas le droit de sortir de leur salle, sous quelque prétexte que ce soit, tant que le verdict n'a pas été rendu public. Ambiance.
La salle des jurés est aménagée pour la survie. Deux toilettes, un distributeur de café (payant), un distributeur de sucreries (payant, et qui ne fonctionne pas), une grande table, 17 chaises, des quantités de bulletins vierges, une urne et quelques dossiers et livres de loi apportés par le président… je crois que c'est tout. Aucune limite de temps n'est fixée, un délibéré peut très bien s'éterniser toute la nuit s'il le faut. Les parties et leurs défenseurs doivent patienter.

Le président mène le protocole. Luc-Michel Nivôse est un homme sympathique, aux cheveux et à la barbe blanche parfaitement taillée. Je lui trouve un physique de juge — assez proche de celui du photographe Yann Arthus Bertrand. Deux médailles sont agrafées sur sa robe rouge — d'après ma mémoire visuelle et mes recherches, il s'agirait de l'Ordre national du mérite et des palmes académiques. En plus de son rôle de président de cour d'assises (ils sont une dizaine à assurer cette fonction sur toute la cour d'appel de Paris), l'homme enseigne le droit à l'université. Bienveillant et pédagogue, il répond sans problème à toutes les questions que lui posent les jurés. Et comme à chaque fois que nous partageons un moment « en privé » avec le président et ses assesseurs, les questions sur le procès, et même sur la chose judiciaire en général, fusent.

Le président Nivôse commence par proposer un tour de table afin d'entendre le sentiment de chacun sur l'affaire en général. Après quoi nous débattons plus librement sur le cas de chacun des accusés. Les arguments sont nombreux, à charge ou à décharge, parfois inédits et pertinents. Je participe activement aux discussions, sans avoir pour autant d’avis tranché sur certains points. Les échanges sont passionnés mais courtois et disciplinés. Pas de dérapage à noter, malgré une ambiance forcément tendue par l’enjeu.

Les différentes qualifications possibles pour cet homicide :
— Assassinat = meurtre avec préméditation (exemple : une embuscade mortelle). Risque jusqu'à la réclusion à perpétuité ;
— Meurtre = homicide volontaire sans préméditation (exemple : une personne qui abat un cambrioleur en fuite). Jusqu'à 30 ans de prison ;
— Violences volontaires avec arme ayant entrainé la mort = coups portés volontairement, mais sans intention de donner le mort (exemple : un célèbre chanteur français qui, dans une fureur noire, frappe sa compagne et la tue sans l’avoir désiré). Jusqu'à 20 ans de prison.

Nous entamons une première série de votes pour déterminer les chefs d'accusations. Concrètement, il nous faut répondre selon notre intime conviction par oui ou par non à 18 questions préalablement rédigées par le président. Questions qui sont spécifiquement relatives à l'affaire que avons à juger. Le juge et ses deux assesseurs votent avec nous et leurs voix ne valent pas d'avantage. Si certaines questions coulent de source (l'accusé est-il coupable d'avoir exercé des violences sur la victime ? Ces violences ont elles entrainé la mort ? Ces violences ont-elles été commises avec une arme ?), d'autres sont nettement plus délicates.

Pendant les votes, je remarque qu'il se met à neiger pour la première fois de cette fin d'année. Combien de fois m'étais-je enthousiasmé de voir tomber ces premiers flocons ? J'habite à 200 mètres du tribunal, dans la maison de ma grand mère — maison dans laquelle je n'ai pas toujours vécu mais que j'ai toujours connu. Je me pris à penser que si l'Hôtel de police du 93 n'avait pas été érigé entre nous, je pourrais sans doute la voir depuis ma chaise. Dans les années 80, comme je passais beaucoup de temps chez mes grands parents, j'ai vu construire ce palais. Avec mes amis du quartier, nous tentions de construire des cabanes sur le terrain vague d'en face (aujourd'hui occupé par l'Hôtel de police), avec les matériaux entreposés qui allaient servir à l'édification du bâtiment de briques. Et même avant sa construction, je me souviens très bien des maraichers qui occupaient autrefois le terrain pour y cultiver des salades. Ce grand bâtiment autour duquel j'ai si souvent marché, couru, pédalé, joué, sans jamais y pénétrer. Pendant quelques secondes, l'apparition de la neige m'avait sorti de ce lourd contexte pour me plonger dans quelques souvenirs d'enfance. À quelques mètres de là, parents de victimes et d’accusés pensent peut être aussi à leur fils lorsqu'il était enfant. Je dois me concentrer sur les votes. De toute façon, la neige s'est vite arrêtée de tomber.

Viennent les principales questions, portant sur l'intention de donner la mort. Je me souviens qu'il faut juger les faits, pas l'émotion des victimes, des accusés et de leurs familles respectives. Je me souviens que la peine est à la fois une sanction pour l'accusé et un message que l’on adresse à la société. Je me souviens que si doute il y a, il doit profiter aux accusés.

Dépouillement. Pour les deux principaux accusés, les votes n'ont pas retenus l'intention de tuer. Quant au troisième larron, initialement condamné à 2 ans d’emprisonnement, dont un ferme, il est finalement relaxé (il serait compliqué de m'étaler en détails sur son cas — qui est de toute façon secondaire dans cette histoire).

Après avoir voté les culpabilités, nous entamons la seconde série de votes, beaucoup plus déroutante en ce qui me concerne : déterminer la durée des peines qui vont en découler. Il ne s'agit plus de répondre à des questions, mais de donner un chiffre qui doit se situer, en gros, entre 10 et 20. Chaque chiffre représente une année d'incarcération (un peu moins, en vérité, à cause des remises de peine, dont nous ne devions pas tenir compte — c'est troublant, mais c'est ainsi). Tant qu'une peine n'obtient pas la majorité, il nous faut refaire scrutin en éliminant la possibilité de voter pour la peine la plus haute votée au tour précédent par une ou plusieurs personnes. Le maximum requis descend ainsi au fur et à mesure des tours de vote, jusqu'à ce qu'une peine obtienne la majorité. Il nous faudra plusieurs tours pour y arriver.

Celui qui a tué est condamné à 14 années de détention. Celui par qui tout est arrivé, qui a entrainé ses compagnons, qui a acheté les couteaux, qui a exercé des violences volontaires avec une arme sur une personne vulnérable, écope de 15 ans de prison. Un an de plus, même s'il n'a pas tué, pour avoir dramatiquement fait basculer le destin de tous les autres. Peines qui correspondent à peu près à ce qu'avait requis les avocats généraux aussi bien en première, qu'en deuxième instance.

Après quatre heures de délibération, nous pouvons retourner dans la salle d'audience pour l'annonce du verdict. Il est 19 heures et la salle est plus remplie qu'elle ne l'a jamais été. Le président énonce calmement les réponses aux 18 questions, les chefs d'accusation retenus, et enfin les peines. Pendant ces quelques minutes, j'ai tellement le trac que je ne sais absolument plus où poser mes yeux. J'ai souvent été confronté à cette gêne pendant ces quatre jours d’audience, mais au moment du verdict, cela devient franchement insupportable. L'occasion d'évoquer le courage du président au moment du verdict. Quel que soit son avis personnel — qui peut très bien être différent de celui de la majorité des votants — lui, doit annoncer tout cela en levant la tête. Tout comme l'avocat général l'avait fait lors de son réquisitoire, le président doit faire preuve d’autorité et ne surtout pas trembler. À cet instant, devant la tension ambiante, je me rends compte de l'extrême difficulté de cette tâche.
Sans même attendre que le président ait fini de s'exprimer, la famille des victimes quitte bruyamment les lieux en claquant la porte au sens propre comme au sens figuré. On nous avait prévenu : aucune peine ne peut compenser la perte d'un proche. Et concernant le contexte particulier d'un jugement en appel, il y a cette inévitable comparaison avec le jugement de première instance, qui ne peut que décevoir l'une ou l'autre des parties.

De ce côté là de la salle d’audience, seuls trois personnes restent à leur place : Solène, la petite amie de David, le jeune homme qui a perdu la vie ; ainsi que Moussa et Luc, deux de ses proches amis. Au moment du drame, lorsque les agresseurs sont arrivés couteaux la main, David téléphonait devant la fenêtre de chez ses parents, chez qui l'attendait Solène. De dos, il n'avait pas vu arriver celui qui allait, sans prévenir, lui donner la mort (peut-être — on ne le saura jamais avec certitude — involontairement). Moussa, qui ne peut se déplacer qu'avec une béquille, était resté assis sur le capot d'un véhicule en stationnement et avait lui aussi fait l'objet de coups de couteaux. Luc avait d'abord eu l’instinct de se protéger lui-même en contournant la voiture sur laquelle il était assis aux côtés de Moussa, avant de revenir tirer son ami par le bras afin de tenter de le protéger de son agresseur (le sauvant peut-être — on ne le saura jamais avec certitude — de la mort).
Ce soir du 25 novembre 2010, vers 19 heures, 5 ans et 6 mois, jour pour jour, presque heure pour heure, après que leur ami fut tué par la lame d'un couteau à 3,50 €, ces deux là avaient une fois de plus décidé de rester.


Quelques liens :

Paroles de jurés — témoignages écrits par des anciens jurés. [Édit 8 avril] Mon texte figure désormais dans la série (en version anonymisée et sans liens, pour des raisons de ligne éditoriale)
Citoyens jurés — la vidéo que les greffiers diffusent lors de la journée de préparation des jurés.
Cour d'assises, crimes et châtiments — Documentaire découpé en six parties de 20 minutes sur Dailymotion. Trois procès d'assises suivis au travers de ses jurés.
Sur le banc des assises — reportage de 33 minutes sur le fonctionnement d'une cour d'assises.
Justice au singulier — le blog de Philippe Bilger.
• L'incontournable blog de Maître Eolas.

Constituer une archive photographique familiale

Un jour, par curiosité, j'ai mis le nez dans le carton de photos de ma grand-mère maternelle, la seule qu'il me reste. Un bon millier de tirages en vrac, peu légendés, pas du tout classés, la plupart en petit format. Mon aïeule se penchait au hasard sur les premières images du tas, essayant tant bien que mal de m'indiquer qui était qui. Jusqu'à ce que nous tombions sur un vieux cliché représentant trois femmes. Elles appartenaient sûrement à la famille de mon grand-père mais ma grand-mère n'était pas capable de les identifier. Cette image n'avait, pour ainsi dire, plus de valeur. Ces personnes, aujourd'hui probablement décédées, étaient définitivement oubliées. Leur souvenir n'avait pas pu arriver jusqu'à moi et cela m'avait troublé.

Au fil des décennies, et notamment depuis les années 80, les appareils de prise de vue se sont démocratisés et mon rapport à la photographie familiale est déjà très différent de celui de ma grand-mère. Avec le numérique, mes enfants auront un rapport à ce genre d'image qui sera encore différent du mien (j'ai 35 ans). Ils ont été, sont, et continueront à être photographiés et filmés régulièrement de leur naissance jusqu'à leurs derniers jours. Pour eux, c'est normal. Et quand bien même je ne serais pas équipé, j'aurais des amis prêts à m'envoyer dans l'heure des centaines de photos et de vidéos de mes enfants.
Mieux encore, mon fils aîné pourra constater que ma mère a eu le temps de l'aimer, de lui parler, d'être heureux d'être avec lui, avant de disparaître. Un témoignage visuel, et même audiovisuel dans ce cas précis, qui subsistera bien au-delà de ses premiers souvenirs d'enfant et qui n'aurait probablement pas existé de la même sorte avec la transmission « à l'ancienne » du souvenir, constituée par l'oral, éventuellement appuyée par deux ou trois photos.

Le numérique permet aujourd'hui de mieux conserver, documenter, partager et visualiser ces images. Mes photos du moment sont directement importées depuis mon appareil numérique vers un logiciel de catalogage. Elles sont automatiquement rangées par dossiers datés. En attendant la démocratisation des boitiers géolocalisés, je peux ajouter quelques métadonnées (mots-clés, légendes, coordonnées géographiques…) pour documenter mes clichés et même, si je le souhaite, les partager par internet, quelques minutes seulement après avoir appuyé sur le déclencheur de mon appareil. Aussi, l'écran permet l'économie du tirage, la vision en grand format, la possibilité de zoomer, et bien d'autres choses encore.

Mais alors, à côté de ce rapport nouveau à l'image, quid de ces vieilles photos sans légende et sans date, dispersées, abimées, parfois imprimées sur divers supports (exemple, la moitié des photos prises par mon père sont développées sur diapo), dont l'histoire se perdrait inexorablement — s'est déjà perdue — au fil des années et des disparitions de leurs auteurs ou de leurs témoins ?
Qu'en sera-t-il du vieux carton de ma grand-mère si je ne prends pas la peine, tant qu'elle est encore là, de numériser, classer, documenter, transmettre son contenu à mes cousins et à ma descendance ?

Il y a un peu plus d'un an, j'ai donc pris conscience que je devais commencer au plus vite cette transition des supports photographiques anciens vers le support numérique. Profiter de ce que le numérique permet aujourd'hui (scanners performants à prix accessibles, espaces de stockage confortables, ordinateurs rapides et fiables, logiciels adaptés) tout en profitant encore de la présence de certains anciens. Il y a dix ans, ça aurait été trop tôt et dans dix ans, j'aurais malheureusement peut-être perdu d'autres précieux témoins. Avec l'aide de mon père, de ses deux sœurs et de deux de ses cousines pour le côté paternel ; et avec l'aide de ma grand-mère et de sa sœur (174 ans à elles deux !) pour le côté maternel, je m'en suis occupé.
Cela fut long — plus d'une année à scanner, trier et à échanger sur le sujet, selon les disponibilités et les trouvailles de chacun — mais tous se sont pris au jeu. Nous disposons aujourd'hui d'une archive photographique numérisée comprenant environs 6 000 photos (+ 5 vidéos) au total, dont la datation s'étale de 1891 à 2006 (la majorité se situe entre 1938 et 1990).
Techniquement, cette archive est découpée en 3 parties : les photos provenant de mes parents ; celles provenant de ma branche paternelle ; et celles provenant de ma branche maternelle. Au final, seul mon père, ma sœur et moi avons accès à l'intégralité. En effet, il n'y a pas grand intérêt, d'un point de vue archivistique, à partager nos photos de vacances des années 80 avec le reste de la famille ; pas grand intérêt non plus à partager les photos de la branche paternelle avec les cousins de la branche maternelle. Au moment du partage, il y a un tri logique à effectuer pour que l'archive ne soit inutilement chargée (de même, mes cousines et tantes qui ont collaboré avaient pris soin de ne m'envoyer que des photos qui pouvaient concerner la famille, pas de photos personnelles).



Par ailleurs, il m'a semblé utile de partager cette expérience dans la suite de cet article, à destination de ceux qui, tout comme moi, souhaiteraient préserver et transmettre la mémoire (visuelle) de leur famille. Cette méthodologie est celle d'un amateur, elle s'est façonnée sur le tas, après plusieurs ajustements. À la fin de cet article, je terminerai par une rapide description d'autres moyens simples qui permettent de transmettre la mémoire, en complément des archives photographiques.


1 - Rassembler les images
Ça n'a l'air de rien mais lorsqu'on entreprend un tel projet, on imagine pas à quel point, au hasard de la vie et des transmissions, les photos d'une famille peuvent être dispersées. Dispersées entre frères, sœurs et enfants, mais aussi dispersées au sein même d'un même foyer. Une boîte par-ci, un paquet de films par-là, une boîte à diapo dans le grenier… On me rappelle deux mois plus tard pour me signaler qu'un nouveau lot vient d'être retrouvé, etc. Chacun a dû user du téléphone et fouiller un peu partout pour rassembler les photos concernant l'histoire de la famille, avant de me les transmettre.
Une cousine de ma grand-mère paternelle nous a envoyé des photos d'arrière-grands-parents dont personne, à part elle, ne connaissait le visage. Nous avons aussi découvert des photos du frère de mon grand père paternel, que personne n'avait jamais vu (ou su que c'était lui), ce qui nous a donné l'occasion de rentrer en contact avec une de ses filles (une cousine germaine de mon père, qu'il ne connaissait pour ainsi dire, pas). J'ai aussi pu traiter le carton de photos précieusement gardé d'un de mes deux oncles disparus. Concernant ma famille maternelle, comme ma mère était fille unique, ce fut plus simple. La sœur de ma grand-mère, un peu plus jeune et à la mémoire moins vacillante, en plus d'apporter son lot d'informations sur les images, a réussi un coup d'éclat en me ramenant des bandes super 8 que j'ai fait numériser sur le champ, dont une concernait le mariage de mes parents et une autre avait été tournée lors d'une réunion de famille chez les parents de ma grand mère, dans les années 60.
Lorsque tout le monde s'y met, on découvre parfois des choses dont on ne soupçonnait même pas l'existence. Je connais aujourd'hui le visage de quatre de mes arrière-arrière-grands-parents (autrement appelé trisaïeuls, pour les intimes), de tous mes arrières grands parents, et de dizaines d'oncles et de cousins éloignés qu'au mieux, pour quelques-uns d'entre eux seulement, je ne connaissais que de nom.

2 - Reconstituer et classer les séries
À ce stade, je me retrouve avec plusieurs milliers de photos sur négatifs, diapositives et tirages stockés un peu partout dans mon bureau. Très peu d'albums chez nous. Au mieux, des boîtes et pochettes regroupant quelques séries de tirages des années 80-90. Le reste, c'est essentiellement du vrac.
Pour reconstituer les séries d'images (celles qui étaient à l'origine sur un même film), j'ai procédé en plusieurs étapes : regrouper les photos par supports ; pour les tirages, les regrouper par formats ; les regrouper par types de papier ; et enfin, utiliser les références imprimées au dos d'une partie des images pour reconstituer les séries qui pouvaient l'être. Pour le reste, pas de miracle, on procède par indices visuels et par intuition. À l'occasion, on s'aperçoit aussi que certains tirages sont isolés et que l'on ne possède tout simplement pas le reste de la série, probablement « perdue » chez des cousins éloignés.
Je range chaque série reconstituée dans une enveloppe, en vue de la numérisation à suivre. Tant qu'à faire, j'essaye de classer les enveloppes dans un ordre qui soit le plus chronologique possible, même si c'est parfois approximatif — sachant qu'on pourra toujours affiner le classement chronologique par la suite, sur ordinateur.
Prévoir une grande table dégagée. Ne pas hésiter à investir le sol pour s'y retrouver dans les séries et avoir un minimum de vision d'ensemble. Nous sommes là dans un véritable travail d'enquête où l'esprit de déduction et la mémoire visuelle ne sont pas de trop. J'ai trouvé cette étape amusante.



3 - Numériser
Série par série, je numérise chaque image et chaque film. Si l'option de restauration automatique des couleurs de votre scanner s'utilise avec modération pour la couleur, elle demeure très efficace pour le noir et blanc. Aussi, s'agit-il de répertorier un maximum d'informations présentes sur les clichés au moment du scan : si une date se trouve manuscrite ou imprimée au dos d'un tirage appartenant à une série, cela nous donne l'année, voire le mois de prises de vue des autres photos de cette série. Si des textes sont annotés au dos d'un tirage, je les transcris dans mes fichiers images, via les commentaires Spotlight (sur Mac), dans un premier temps. J'ai pensé que la définition devait être confortable, au moins pour une impression de chaque cliché en 300 dpi, au format A4 (voire A3 pour certaines images que j'estimais importantes). On pourra ainsi profiter de cette acquisition numérique pour faire des retirages ou pour pouvoir zoomer sans peine dans une image depuis son écran 27". Ce serait bête de se priver de tout cela pour grappiller quelques centaines de mégas à l'heure où l'espace disque de nos machines se compte en centaines de gigas, et évolue d'année en année.
La nomenclature des fichiers images est capitale. Celle de mes fichiers commence par l'année (point d'interrogation sur le dernier chiffre si pas sûr — sans aucune info, on arrive généralement à estimer au moins la décennie) ; le numéro de la série (il faut garder le moyen d'identifier chaque série à n'importe quelle étape du processus) ou le mois (si certifié) ; si concerné, j'ajoute un lettre pour indiquer les infos recueillies sur les supports d'origine (D = date ; L = légende ; I = info, genre tampon de photographe ou autre élément distinctif — cela me permet par exemple de différencier les clichés bénéficiant d'une datation certifiée par annotation manuscrite de ceux qui sont datés approximativement) ; et enfin, on termine la nomenclature par le numéro du scan, pour être sûr qu'aucun fichier n'ait le même nom qu'un autre. Un tiret entre chaque référence.

4 - Constituer l'archive
Avec plus de 6 000 photos numérisées, il me fallait impérativement utiliser un logiciel de catalogage pour la suite des opérations. J'ai choisi Adobe Lightroom, qui offre une palette complète d'outils d'annotation, de classement et de visualisation. Je précise que d'autres logiciels permettent sûrement d'obtenir les mêmes résultats (ACDsee, Aperture, etc.) mais étant familier des logiciels Adobe et ayant entendu de bons échos de celui-ci, mon choix s'est intuitivement porté vers lui.
L'importation dans un tel logiciel permet de suite d'y voir plus clair, notamment grâce à la vue en petites vignettes, façon planche-contact. Je commence par affiner la reconstitution de mes séries et leurs datations (plus pratique qu'avec les 300 enveloppes éparses que j'avais avant le scan). On s'aperçoit que des séries ne sont pas tout à fait dans le bon ordre, qu'elles sont parfois encore divisées, on continue l'enquête en analysant les vêtements portés, l'âge des personnes et tout autre éléments permettant de dater et de documenter une image. Par exemple, sur une photo de repas de famille, chercher la femme qui porte un tablier pour savoir chez qui cela se passait.
Vient ensuite un gros travail de création et de positionnement de mots-clés. Au fil des images, des centaines de mots-clés ont été créés. Ils s'organisent en quatre principales familles : les personnes ; les lieux ; les évènements (Noël, armée, mariage, etc.) ; et les types de photo (portraits, groupe, photos d'identité…). De cette manière, chaque cliché comporte sont lot de mots-clés attachés indiquant les personnes photographiées, le lieu de la prise de vue (si connu), l'évènement attaché (s'il y a, et si connu) et le type de photo (si particulier).
Les annotation saisies à l'étape précédente dans les commentaires Spotlight sont copiées dans les champs de légende proposés par Lightroom.
Ces métadonnées sont incluses dans le fichier de chaque image (enfin dans un fichier invisible au format IPTC, attaché à chaque fichier image, pour être précis). Ainsi, s'agissant d'une norme répandue, si dans 10 ans je décide d'utiliser un logiciel de catalogage différent, mes métadonnées devraient rester compatibles ou tout du moins, convertibles. De même, sur Mac, le moteur de recherche du système (Spotlight) est parfaitement capable de prendre en compte les mots-clés insérés via Lightroom. Si je saisis mon nom dans Spotlight, le moteur me proposera, dans ses résultats images, toutes les photos où j'apparais et dans lesquelles je suis désormais taggé — pas testé mais j'imagine que cela fonctionne aussi sur le moteur de recherche de Windows.



5 - Documenter les clichés
Continuons. À ce stade, j'ai un catalogue Lightroom qui commence vraiment à ressembler à quelque chose, avec classement par date, mots-clés et parfois légendes. Le but de cette ultime étape de production est de faire participer d'autres membres de la famille pour valider collectivement les mots-clés ajoutés, ou pour ajouter des informations sur des personnes identifiées, des lieux ou des dates car la déduction, les souvenirs et les notes personnelles ont leurs limites. Une étape de peaufinage et de validation, en somme. Bien entendu, au final, sur le nombre, il reste tout de même quelques photos mal documentées et des datations très approximatives, mais l'essentiel est là.
On peut ensuite s'amuser à classer de manière plus fine, par exemple, en créant des dossiers pour chaque cercle familial (chez tel oncle, chez tel tante, chez les grands parents, etc.), ce que j'ai fait pour ma branche paternelle qui comportait originellement 5 frères et sœurs, ça permet de mettre un peu d'ordre sur les photos les plus récentes.

6 - Consulter l'archive (la récompense)
L'intérêt d'avoir utilisé un logiciel de catalogage, des classements par date et autres mots-clés permet ensuite un confort extrême en terme de consultation.
Outre les différents modes d'affichages proposés, je peux par exemple demander à Lightroom de croiser plusieurs mots-clés pour afficher en quelques secondes des photos bien précises. Par exemple, je peux tout à fait demander au moteur de recherche de Lightroom de m'afficher toutes les photos dans lesquelles mon père ET ma mère apparaissent. Si uniquement l'un des deux est photographié, la photo n'est pas prise en compte dans les résultats de cette recherche précise. On peut multiplier le nombre de mots-clés et de filtres de recherche à l'infini. Lorsqu'on a plus de 6 000 clichés en archives, on comprend de suite l'intérêt de fonctions aussi puissantes. À l'inverse, lorsqu'une photo est visualisée simplement, on est capable grâce aux mots-clés et aux éventuelles légendes attachées, d'avoir un aperçu synthétique de l'histoire de cette image (personnes, lieux et évènements photographiés). Seul bémol : sur Lightroom, on ne peut pas encore « zoner » les mots-clés sur une photo, à la manière d'un Flickr. Mais quand même, si dans un siècle, un de mes descendant à l'occasion de consulter cette archive telle quelle, il devrait tout à fait s'y retrouver — d'autant plus que j'ai fait un gros travail annexe de généalogie qui permet de situer dans la famille toutes les personnes photographiées.
Enfin, le partage est facilité. Je veux transmettre une partie de cette archive à des cousins ? Pas de problème, il me suffit de constituer (à l'aide des mots-clés, si besoin) une collection (un dossier fictif qui n'appartient qu'au catalogue Lightroom sans modifier les dossiers externes « en dur ») avec les photos de la branche qui les concernent et de faire glisser le tout dans un dossier ou sur un support numérique.



7 - Partager et conserver l'archive
Cela va paraître évident pour beaucoup mais attention ! Pour conserver des fichiers durablement, ne comptez surtout pas sur la durée de vie d'un DVD ou d'un disque dur (autour de 5 ans seulement). Le papier se dégrade mais au final, dans l'absolu, il se conserve infiniment mieux que les supports numériques actuels. Sauf que le numérique a un précieux atout : la facilité de copie et de partage. Copiez vos archives sur divers supports (par exemple, des DVD avec jaquette conçue aux petits oignons, pour retrouver l'aspect objet) et envoyez-en des copies aux membres de familles qui sont intéressés par le projet. Ainsi, si l'un perd ses fichiers, un autre en aura bien une copie encore utilisable. Alors qu'un fonds photographique sur papier devait être divisé au fil des successions (à moins de financer à chaque fois de couteux duplicatas pour que chacun ait les mêmes photos), un fonds photographique numérique peut au contraire être facilement dupliqué et partagé à l'infini, dans son intégralité. Rien de mieux pour conserver des fichiers photographiques pendant des… siècles, si tout cela se gère intelligemment.

Voilà comment ma grand-mère a pu revoir toutes les photos de son carton depuis mon ordinateur, dans l'ordre, documentées, en grand format, depuis son fauteuil.

Je précise que ce projet ne concernait que les photos de famille anciennes. Les photos plus récentes qui me concernent moi, ma femme et mes enfants, font l'objet d'une autre archive, évolutive, toujours sur Lightroom, qui elle, n'est pas partagée. Celle-ci comporte déjà près de 15 000 photos en quinze ans, et des dizaines d'heures de vidéo… Comme je l'écrivais, notre rapport à l'image n'est définitivement plus le même que nos aînés.
À propos des vidéos, rendues très accessibles par les appareils numériques compacts, elles sont pour le moment stockées à part. Depuis sa version 3, Lightroom permet de les importer et de les classer avec les photos mais leur visualisation n'est pas aussi confortable que pour les photos (visu dans fenêtre externe, via Quicktime) et même d'un point de vue archivistique, je trouve que le mélange des genres est encore compliqué à gérer. Selon l'évolution des logiciels, il est cependant fort probable qu'à terme, photos et vidéos finissent par être rangées dans la même archive.


Pour aller plus loin dans la transmission de la mémoire

• Au delà des archives photographiques, comme je l'écrivais, j'ai parallèlement entrepris un important travail de généalogie. Un complément qui permet de situer les personnes photographiées dans la famille et d'aider à la datation des clichés (grâce à l'âge estimé des enfants photographiés, notamment). J'ai déjà écrit ici même à ce sujet mais j'aimerais juste en profiter pour rappeler que la généalogie d'aujourd'hui est assez facile à pratiquer. La plupart des départements français disposent d'archives d'état-civil numérisées et librement consultables en ligne, du début du 20e siècle jusqu'au 15e siècle. Des sites d'entraide et de partage d'arbres permettent un travail d'enquête rapide et ludique (Geneanet.org, entre autres). Des logiciels dédiés à la généalogie permettent de stocker facilement les informations recueillies (j'utilise Hérédis). La généalogie ne consiste pas à seulement collectionner des noms mais aussi à comprendre son Histoire. L'État-civil permet aussi de connaître les origines géographiques, les métiers pratiqués, les adresses d'habitation successives, et bien d'autres choses qu'il serait compliqué de détailler dans cet article.

• J'ai également constitué une carte Google pour annoter tous les lieux connus se rapportant à la famille. Habitations des uns et des autres, lieux de vacances, de naissance, d'évènements divers. Cela me permet d'être plus précis sur la localisation des archives photographiques, en attendant que la géolocalisation se démocratise.

• Enfin, à défaut de tenir un journal, j'ai entrepris un travail de chronologie. Se souvenir des dates importantes du passé, noter celles du présent avant qu'elles ne s'échappent de ma mémoire. Compter aussi les petits détails du moment : la première leçon de judo de mon fils aîné et toutes ces petites choses inutiles qui font aussi la vie, en fin de compte. Tout cela est encore informel, noté sur carnet, mais je me prépare d'ores et déjà à mettre cela en forme plus sérieusement.

On le voit, au-delà de la parole et de l'écriture, la mémoire peut se transmettre par de multiples moyens. Pour tout vous écrire, je rêve en secret d'un logiciel tout en un, dédié à la mémoire, qui regrouperait au moins toutes ces formes d'archivage et d'annotation, de manière graphique, intuitive et ludique, à la manière d'un Feltron (qui publie des rapports annuels sur sa vie, dans une démarche artistique), mais dynamique et accessible à tous. Google va bien finir par nous sortir cela un jour… Et d'ici là, comme d'habitude, un petit malin va bien m'écrire en commentaire que ça existe déjà ;-)

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