Témoin d'une évasion

Deux heures que je suis rentré de la crèche de Bobigny où j'étais allé chercher mon plus petit garçon. Aller-retour à pieds, Roméo est blotti contre ma poitrine, dans un porte bébé. Ulysse, le plus grand, nous accompagne. En revenant avec mes deux enfants, donc, de décide de passer par une rue peu fréquentée située entre le palais de justice de Bobigny et l'hôtel départemental de police (nous habitons 200 m derrière ces bâtiments). Je ne passe jamais par là d'habitude, car ce n'est ni le chemin le plus court, ni le plus champêtre, mais cette fois-ci j'avais envie de changer un peu.

Arrivé au niveau du palais de justice, une femme située quelques mètres devant nous se met à hurler. « Là, Là, un type est en train de s'échapper ! Là, par la fenêtre ! Vite ». Il faut plusieurs secondes et une lourde insistance vocale de cette personne pour que ceux qui se trouvent dans le coin — moi compris — réalisent que nous ne sommes pas dans un film. Les policiers finissent par se mettre à courir dans tous les sens de l'arrière cour du palais. D'autres personnes hurlent à leur tour par des fenêtres du bâtiment, on ne comprend rien. Les quelques autres passants, situés un peu plus loin, sont figés. Moi je suis comme un con, coincé à 30 mètres de la scène, avec mes deux enfants. Je n'ai pas vu l'évadé, je ne sais ni ou il se trouve, ni dans quelle direction il se dirige… j'essaie tout de même de trottiner sur quelques mètres jusqu'au coin de la rue, histoire de mettre mes enfants un minimum à l'abri au cas ou ça parte en eau de boudin. Petit vent de panique. Une foule de policiers finit par investir la rue, ils courent la main sur le flingue. D'après leur mouvement, le type semble avoir pris l'autre direction, vers le métro (compliqué de s'évader par cette direction car il faut traverser une 4 voies + une grille d'enceinte qui protège un espace vert). La minute suivante, je vois deux d'entre eux revenir en marchant, je me dit qu'ils ont réussi à arrêter le fugitif. [En fait non, voir édit à la fin du billet.]

En rentrant, je pense à ce gars. Je me dis que pour s'évader, il devait déjà risquer gros, et il va vraisemblablement prendre encore plus cher. Comme je ne connais rien à son histoire, je ne peux éprouver que de la compassion pour cet homme.

Édit 30/10 : apparemment, l'homme a réussi à son évasion. Cette évasion serait d'ailleurs liée à l'incendie criminel qui a frappé le tribunal hier. Le fugitif aurait même réussi à gagner l'étranger ! (N'empêche qu'avant cet incendie, personne n'avait parlé de cette évasion à part moi — j'avais pris soin de surveiller Google News mais c'était le calme plat.)

Commentaires

1 Par Geoffrey Dorne, le 23/10/09, 21:55

Petit instant de vie, étrange s'il en est. L'histoire est bien racontée, une scène de film "banale" mais qui dans la réalité prend ton son sens...

2 Par LeChieur, le 24/10/09, 19:24

J'ai vécu une scène analogue, il y a quelques années : mon bureau était situé à quelques mètres d'un centre pénitentiaire, et nous avions une grande cour et un grand verger (aujourd'hui remplacés par des résidences...) Un jour, j'étais au téléphone avec le comptable avec qui je bossais, quand tout-à-coup je lui dis : "Excusez-moi, monsieur Truc. Un type vient d'entrer dans la cour avec un pistolet à la main, je vais voir ce que c'est." C'était un très jeune flic, complètement paniqué, qui courait après un évadé. Celui-ci s'était engouffré dans la cour. "Mettez-vous à terre ! Verrouillez les portes !" nous a braillé le jeune flic (nous étions trois entreprises, en tout une vingtaine de personnes dans les locaux). Sa main qui tenait le pistolet tremblait comme une feuille, et je peux dire que si j'ai eu peur, c'est bien de ses réactions à lui. Puis son collègue est arrivé, tout aussi jeune et inexpérimenté, le pistolet à la main, lui aussi, et ils ont disparu...

Leurs collègues ont fini par coincer le malheureux pas très loin du quartier où j'étais, quelques heures plus tard. Il n'y a pas eu de casse. Mais à voir l'état de panique palpable dans lequel les deux policiers se trouvaient, c'est une chance.

Celui qui a eu le plus peur, dans l'histoire, c'est encore le comptable avec qui j'étais au téléphone : après mon raccrochage brutal, il avait allumé la radio et entendu l'évasion en direct...

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