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Commentaire / 2009, année ebooktique

Sur Aldus 2006 :

« La plupart des experts conviennent que la popularité Ebook-sales croissante des livres électroniques est entièrement dû aux dernières innovations en matière de e-paper. »

Il faut absolument signaler à ces spécialistes (qui travaillent souvent pour les industries dont ils vantent les mérites ou la « réussite » commerciale) que des centaines de millions de personnes n'ont pas attendu le e-paper pour passer 8 heures par jour à lire, écrire et travailler sur des écrans d'ordinateur.
Faire croire que ce sont les « nouvelles » technologies e-paper (et par là même, les liseuses) qui portent ou porteront le marché du livre électronique, ça arrange bien les industriels qui les commercialisent mais ça me parait quelque peu trompeur ; voire contre productif pour ceux qui essaient de promouvoir les livres numériques (le contenu livre, pas l'appareil de lecture). Des livres dont, à mon avis, l'usage se démocratisera (réellement) lorsque le public saura qu'il peut les lire sur n'importe quel type d'ordinateurs (de préférence, ceux qui lui sont d'une plus grande utilité qu'une simple liseuse) ; et lorsque les fonctionnalités potentielles propres au support numérique se seront d'avantage développées. Au sujet du potentiel fonctionnel, relire la très riche synthèse d'Hubert Guillaud

Commentaire / Pourquoi les journaux, ça ne fonctionne pas en ligne ?

Chez Narvic :

Il y a aussi quelque chose qui pourrait être intéressant : savoir combien de personnes lisent régulièrement les sites d’information en France. Quel est réellement le potentiel. Par exemple, un sondage qui poserait cette simple question à un panel étudié : « Lisez vous au moins une fois par semaine un article en entier sur un site d’information » (blogs & sites de presse confondus, du moment qu’ils sont liés à l’info). Peut être qu’on arriverait même pas à un million — qui suivent généralement plusieurs sites par jour. Le reste étant des visiteurs furtifs et/ou très occasionnels, arrivés en suivant une requête Google ou pour suivre une actu plus importante que les autres, 2-3 fois dans l’année.
Un tel chiffre pourrait être plus intéressant que les nombres de visiteurs cumulés ; les pourcentages d’évolution d’audience d’une année à l’autre ; et autres sondages du type « avez-vous consulté un site de presse cette année ? », qui outre le fait de caresser les annonceurs dans le sens du poil, ne sont pas forcément représentatifs de la réalité.

Regard d'enfant : le recyclage audiovisuel

Dans le registre utopique, imaginez des chaînes télévisées qui diffuseraient l'intégralité des programmes qui furent originellement diffusés sur une chaîne historique 20 et/ou 30 ans auparavant. Absolument tout : les pubs, les speakerines, les JT, les séries, les émissions, les films, et avec les horaires de l'époque. Ne me demandez pas si ce type de chaîne serait rentable (ou alors il faudrait pouvoir y diffuser des pubs actuelles, mais ça casse un peu le principe) ou si une telle chose est possible (conservation, droits) mais ce serait rigolo, non ?

N'empêche que dans un registre plus réaliste, il y aurait surement des choses à faire avec le recyclage des publicités anciennes. On pourrait très bien imaginer que certains annonceurs historiques puissent trouver un intérêt à rediffuser aujourd'hui quelques uns de leurs vieux spots sur des chaînes contemporaines (TF1, France Télévision, M6, etc.). Sur le plan économique, mis à part (peut être) quelques droits à verser, cela éviterait de produire un nouveau spot ; et sur le plan de l'impact, imaginez un peu la surprise pour le public de voir une pub Boursin des années 60 ou un spot Lajaunie des années 80, diffusés « dans leur jus » entre deux épisodes du Docteur Raousse ou juste avant Des chiffres et des lettres ! Succès quasi assuré (auprès d'un certain public et avec certains produits, bien entendu — ça ne fonctionnerait pas avec tout et n'importe quoi).



Bon, voilà, c'est tout. « Spécialiste de rien du tout » à longtemps été la baseline de ce blog (avant que je ne décide de ne plus avoir de baseline) et on est bien dans le rien du tout ;-)

Un petit jeune qui débute

Même si beaucoup d'autres en parleront ; même si ce billet n'apportera sans doute pas un grand nombre de lecteurs, j'ai quand même envie de signaler l'arrivée du blog Meilcour. Par sympathie pour Nicolas Vanbremeersch et en soutien à feu Versac, qui tomba vaillamment, épée à la main, le 8e mois de l'an 2008.

Commentariose cascadia

Si vous êtes un commentateur acharné, un troll confirmé ou un simple observateur patenté, vous aurez peut-être remarqué que les sites liés à l'info se transmettent tous un mystérieux virus du nom de commentariose cascadia. Des flux de commentaires parfois bardés de fonctions mais souvent illisibles ; des sites bourrés de commentateurs, certes, mais qui ne lisent pas (confortablement) les commentaires des autres. Si votre site est touché, pas de panique : des thérapies existent et la guérison n'est pas impossible. Explications.


La cause

Clairement identifiée, il s'agit d'un bouton « répondre » qui apparait sous chaque commentaire posté. Les scientifiques n'arrivent pas à expliquer avec certitude pourquoi les sites d'actualité sont touchés en priorité par le virus. L'hypothèse d'un nombre de commentaires sensé être plus important pour chaque article publié sur ces sites a été avancée. Mais l'on peut aussi penser que c'est justement parce qu'il y a beaucoup de commentaires que ceux-ci devraient être d'avantage cadrés et présentés de façon plus minimaliste. Ci-dessous, un bouton « répondre » observé dans son milieu naturel :




Les symptômes

La maladie est progressive. Sous chaque article, le sujet touché commence par voir apparaitre une réponse, puis des réponses de réponses, des réponses de réponses de réponses. Avec des commentaires qui forcément, s'éloignent facilement du sujet de départ :



Lorsque le patient n'est pas traité à temps, on observe ainsi de multiples fils de discussion imbriqués les uns dans les autres. Parfois ponctués de commentaires isolés, perdus dans la masse, cherchant vainement à commenter ce qui devrait pourtant être commenté en priorité : l'article. C'est le cas le plus extrême de la maladie, dont voici un exemple :



Dans ce genre de cas, on observe qu'en plus d'être en bonne partie hors sujets, les commentaires sont présentés dans un ordre qui n'est pas strictement chronologique. Le lecteur (le lecteur normal ;-) fuit. L'internaute qui débarque sur un fil de discussion bien entamé dispose d'un temps de survie qui ne dépasse pas 2 minutes. Celui qui suit le fil depuis le début aura beaucoup de mal à savoir ou se situent les derniers commentaires postés à chacune de ses visites (repérer les signalement « nouveau »). Quant à celui qui est familier des sites de discussion, il sait qu'il est inutile de s'acharner à écrire puisqu'un commentaire perdu dans un tel cahot n'a que très peu de chances d'être lu.
Le billet pris en exemple dans les illustrations ci-dessus concerne la diffusion prochaine d'un documentaire sur la fin politique de Margaret Tatcher, publié sur Rue 89 (en suivant le lien vous pouvez observer par vous même l'avancée de la maladie en temps réel).
Dans les cas les plus graves, cela peut aller jusqu'à une sévère montée de trolls, qui profitent de la fuite des lecteurs les plus modérés pour s'épanouir. Dans cet exemple, j'ai compté dans les commentaires 24 occurrences du mot « Sarko » — sur un sujet qui concerne Margaret Tatcher, c'est plutôt costaud. Je précise qu'il s'agit d'un article que j'ai pris au hasard sur la une de Rue 89. J'aurais pu tout aussi facilement prendre en exemple l'affichage des commentaires de Libé, de Arrêt sur images, de Bakchich et beaucoup d'autres.


Le traitement

Supprimer de toute urgence le bouton « répondre » qui figure sous chaque commentaire. Pour prévenir de toute rechute, préférer une présentation simple, sans chichis et surtout, un affichage qui soit strictement chronologique afin que le lecteur puisse progressivement recommencer à lire chaque commentaire dans leur ordre de publication — attention, une rééducation peut s'avérer nécessaire. Privilégier le confort de lecture aux fonctions d'écriture. Lorsqu'un commentateur souhaite répondre à un autre, cela pourra être simplement notifié par écrit par un @ ou par un À (« @ Jean-bernard : blablabla »). Le dernier commentaire posté devra toujours figurer à la fin du fil, c'est à dire en bas de page (la norme veut qu'on lise de haut en bas). Attention : ce traitement est incompatible avec une modération à priori — sujet qui mériterait un billet à lui tout seul.
Voici un exemple de sujet sain :



On observe une magnifique colonne, massive et rectiligne (signe de vigueur et de bonne santé, c'est bien connu) :



Désolé pour le scrolling. Dans ce cas précis, l'auteur du blog s'offre même le luxe de mettre des couleurs particulières à ses réponses — pour l'anecdote, je précise que quelques uns des amis de Laurent ont également droit leur couleur. Résultat : moins de trolls, moins de hors sujet, et des lecteurs qui n'ont pas peur de passer du temps sur l'écriture d'un commentaire. Des commentaires probablement plus lus que ceux de Rue 89 et ce, quel que soit leur quantité. Alors qu'un billet fortement commenté sur un site d'info est souvent synonyme de guéguerres entre militants, un billet fortement commenté sur Embruns est souvent le signe d'un débat intéressant ou tout au moins amusant. Là encore, Embruns n'est qu'un exemple et j'aurais pu choisir des milliers d'autres blogs ou forums ayant un affichage classique.



Annexe

• Un cas intéressant à signaler : le site Slate.fr, qui était pourtant parti sur de bonnes bases, avec des commentaires qui ne comportaient pas ce bouton « répondre », a fini par s'y mettre très récemment (aujourd'hui ?). J'ai envoyé un message ce matin aux intéressés et un membre de l'équipe m'a répondu qu'une fonction de classement allait être ajoutée. Ce n'est qu'un pansement, mais ça peut effectivement limiter les dégâts. Quoi qu'il en soit, je ne sais toujours pas pourquoi Slate.fr a finalement décidé d'ajouter ce fameux bouton. Mis à part favoriser le hors sujet et le troll, je ne comprends pas.

• Une donnée intéressante : Pascal Riché explique que 7 % des visiteurs de Rue 89 (visiteurs à ne pas confondre avec les lecteurs, qui sont beaucoup moins nombreux) lisent les commentaires. Même si ce n'est sans doute pas très éloigné de la moyenne générale (avec ou sans bouton « répondre » ), je pense qu'il y a probablement moyen de faire mieux ;-) Anecdote : j'ai commencé à écrire ce billet ce matin, avec le contre exemple de Rue 89, et je n'ai eu connaissance de ce chiffre qu'en fin de journée, via le blog Internet & Opinion(s).

Commentaire / Le logo de Pôle emploi, 500 000 euros !

Chez Étienne Mineur :

« J’aimerai bien connaître les arguments de l’agence durant l’audit (si il existe), permettant de justifier même 10% de cette somme. »

La conception, la fabrication, la livraison et la pose de tous les panneaux d'enseigne (plusieurs types différents par agences), par exemple. Je suis prêt à mettre ma main au feu que ces 500 000 euros sont le prix d'un « pack global », c'est dire qu'ils ne concernent pas simplement la phase de conception, mais aussi et surtout, toute la phase de fabrication, de livraison et de mise en œuvre des éléments constitutifs de l'identité visuelle (enseignes, archi intérieure des agences, papetrie, internet, pins parlants ou je ne sais quoi… mais il doit y avoir du boulot). Attention à ne pas tirer trop vite sur l'ambulance ;-)

[ 2e commentaire ] Rien que ce qui concerne le papier : s'il faut réaliser, imprimer, façonner et livrer, dans un grand nombre de lieux différents, des milliers de cartes de visite, des tonnes de formulaires de toutes sortes, des blocs notes, des entêtes de lettres, des brochures d'info, des affiches didactiques et tout le tralala — en plus de la conception pure de la charte — ça justifie déjà une très grosse partie de cette somme (qui me parait, à la limite, peu élevée si elle devait englober également la fabrication, la livraison et la pose des éléments « 3D » — par rapport à ce qu'à coûté le renouvèlement global de l'identité de l'ANPE).

[3e commentaire] Aussi, il nous faudrait relativiser les choses : 500 000 euros, c'est une somme, ok. Mais ce doit être un peu plus du prix moyen que doivent coûter les locaux d'une seule agence (achat ou construction des locaux + aménagement + matos). Pour se donner un ordre d'idée, je crois que l'ANPE comptait à peu près un millier d'agences dans tout le pays. Ce n'est pas une raison me direz-vous, mais je veux dire par là que lorsque qu'il s'agit de payer des architectes et des maçons pour construire du « dur », l'opinion publique ne moufte pas, et lorsque c'est pour payer des designers, des chefs de fab, des imprimeurs, et autres acteurs de la chaîne du design, personne ne comprend, comme si le design d'identité, c'était juste question de faire un logo sur une feuille A4, fait en 10 minutes. Que le journaliste de Marianne qui a écrit l'article mentionné par Étienne n'y connaisse rien en design, je peux comprendre, mais nous, qui sommes de la partie, ne devrions nous pas tenter d'expliquer, voire défendre les tarifs pratiqués pour ce type de projet (qui font, je le rappelle, l'objet d'un appel d'offres) auprès du grand public, plutôt que de participer à la curée ? Si demain, une de ces agences vous contacte pour assurer la direction artistique d'un tel projet, vous répondrez quoi si l'on vous dit que le budget est trop serré et qu'elle ne peut vous payer le tarif que vous lui avez devisé ? Oui, je le sais déjà : vous lui répondrez d'aller se faire mettre ;-) Mais au fond, je pense qu'on ne va pas forcément dans le bon sens en sciant une branche de notre arbre sur laquelle sont posés des plus gros oiseaux que nous. Attention, je ne prêche pas le corporatisme aveugle, mais à mon avis, il y a un besoin de chercher et d'expliquer ce à quoi ce prix correspond réellement, dans l'intérêt de tous. Au delà du budget, pour ce qui concerne la qualité graphique, il faudrait voir également comment s'est déroulé le projet : décideurs, pistes rejetées, partis pris, process, etc. Le graphisme du logo ne vole pas très haut, certes, mais est-ce forcément la faute des graphistes ou même de l'agence qui travaillaient sur le projet ? Peut être que oui, peut être que non, je ne sais pas. (Voilà, j'arrête, désolé pour le spam ;-)

À propos du livre numérique

Dans le domaine du livre numérique, il faut distinguer deux choses : les appareils qui permettent de lire les livres numériques (« Liseuse » est l'un des termes naissants pour désigner les appareils spécialement conçus pour lire des livres électroniques) et les livres numériques, c'est à dire le contenu. Si pour moi les livres numériques sont intéressants à plus d'un titre, ce n'est pas tout à fait le cas des liseuses électroniques, dont je ne comprends que difficilement l'intérêt par rapport à d'autres types de machines. Sceptique également sur la futurologie débridée qui tourne autour de ces liseuses. Écrans souples, absence de vrais claviers : privilégier la portabilité, c'est bien, mais être confortable et polyvalent à l'usage, c'est mieux. Côté contenu, si la complémentarité papier/écran me paraît bénéfique pour tout le monde, je perçois la cohabitation livres numériques/sites web comme bien plus concurrentielle.
Dans l'idéal, il m'aurait fallu écrire un long billet au moins sur chacune des 4 problématiques que je vais ici aborder, mais j'ai finalement décidé de faire « court », tout en étant ouvert à toutes discussions ultérieures. Ce « brouillon », avec ses avis vite envoyés, me permet au moins de poser ma réflexion sur le sujet — dans l'idée de la continuer par la suite, bien entendu. Comme souvent, je précise (au cas où ;-) que je ne suis pas un expert mondial sur la question, cependant mon métier de designer me permet peut-être d'avoir un point de vue spécifique.


Les liseuses feront-ils le succès des livres numériques ? Je ne pense pas.

La liseuse, un objet en plus.

Les livres numériques peuvent se lire sur une foule d'appareils électroniques : ordinateurs de bureau, ordinateurs portables de toutes tailles, smartphones… pour ne citer que les plus communs, mais aussi les plus polyvalents. Car le problème des liseuses est qu'elles ne servent qu'à lire des e-book. Or, il y a fort à parier pour que les lecteurs de livres électroniques possèdent déjà d'autres machines qui permettent de les lire. Je comprends bien que l'intérêt réside dans le fait d'avoir un appareil qui est, de par son usage limité, plus léger, plus fin, plus maniable et presque moins cher… mais ça reste un appareil à acheter et à transporter en plus des autres. Francis Pisani va jusqu'à qualifier les liseuses de gadgets. Là ou un Netbook, pour le même prix et pour à peu près la même taille (quoique plus lourd) permet de faire à peu près tout ce qu'il est possible de faire avec un ordinateur de bureau de moyenne gamme, une liseuse n'a pas grand intérêt en dehors de la lecture — et encore, juste en noir et blanc pour le moment. Si d'autres sont aussi optimistes que moi sur l'avenir des Netbook, l'utilisation massive des liseuses est à mon avis plus incertaine. Attention, je pense qu'il y a un vrai public prêt à acheter ce genre de joujou mais je pense simplement que l'usage des liseuses ne se répandra pas au delà d'une sphère de technophiles, malgré l'optimisme général et la hausse des ventes. Le futur des liseuses me rappelle un peu le présent des mini appareils de lecture vidéo (Archos des années 2000 ; mini lecteur DVD des années 90 ; mini télé des années 80) : pour les appareils de lecture sur écran, le confort et/ou la polyvalence l'emportent souvent sur la portabilité. Et ce n'est pas le patron des échos qui dira le contraire. Quant à Steve Jobs, il ne semble décidément pas très chaud pour lancer Apple dans l'aventure.

Les écrans tactiles : oui, mais pas n'importe comment.

Être le plus léger possible, réserver un maximum de taille à l'écran : le futur des liseuses semble principalement porté par le potentiel des écrans tactiles (quant à la technologie de l'encre électronique, elle peut à la rigueur se transposer sur n'importe quel écran numérique, si elle devient convaincante). On les rêve souples, roulables, en couleur, toujours plus fins, plus écolo, moins chers, consommant presque rien, des écrans toujours plus grands mais qui prendraient toujours moins de place dans la poche (c'est chouette la prospective ;-). Pour profiter pleinement des diverses fonctions des livres numériques, il faut également pouvoir les annoter, les commenter, pouvoir effectuer des recherches, bref, même sans clavier, il faut pouvoir lire, mais aussi pouvoir écrire. Certes, le clavier et le trackpad des ordinateurs ajoutent du volume et du poids aux machines, mais ergonomiquement parlant, pour une machine qui permette d'écrire confortablement, c'est quand même plus simple. Et puis glisser-déposer un élément avec son doigt crasseux sur un écran de 20 centimètres de large, c'est tout de suite moins fun que de faire défiler une image sur un Iphone. On est loin de la feuille électronique souple et ultra plate mais des appareils hybrides de ce type (clavier modulaire) ou encore mieux : comme celui-là (double écran tactile, dont l'un peut se transformer en clavier lorsqu'il y a besoin d'écrire) me paraîssent bien plus pertinents que les liseuses telles qu'on les connaît ou qu'on les imagine généralement. Et encore, ce n'est pas parce qu'un objet est meilleur qu'un autre que les consommateurs vont se jeter dessus, ça n'est pas aussi simple. Idem sur la notion de souplesse, imitation papier, tant fantasmée : que ce soit pour lire ou pour écrire, la rigidité du support, ça en jette moins, mais ça a du bon. Même que les éditeurs sont prêts à payer cher pour ajouter des couvertures rigides aux livres qu'ils font imprimer. Notons que la dernière liseuse commercialisée, le Kindle d'Amazon, ne dispose pas d'écran tactile et comporte un clavier (à mon avis, tout cela est trop petit pour une ergonomie optimale, mais cela indique déjà une certaine réalité commerciale). Il y aurait déjà beaucoup à écrire rien que sur le rapport ergonomique à l'écriture sur clavier, au niveau de la conception de l'objet : un écran qui ne devrait pas être sur le même plan que le clavier pour un confort d'écriture et de visibilité optimal ; la taille du clavier devrait être adaptée à celle des mains ; les contextes d'utilisation possibles (posé sur une table, debout, allongé), etc. La modularité d'un tel objet me parait capitale.
(Ça n'a plus rien à voir avec les livres numériques mais on observe les mêmes fantasmes technologiques avec les interfaces holographiques de type « Minority Repport » : amusez vous à utiliser ce genre de navigation pendant ne serait-ce qu'une seule journée et je peux vous assurer que vos bras vont crier aux secours.)




Les livres numériques vont ils remplacer les livres imprimés ? Je ne pense pas.

Livre imprimé et livre numérique sont des amis !

Quant bien même une liseuse ultime serait commercialisée, encore faudrait-il que tout le monde la possède pour qu'un éditeur se risque à diffuser un livre important exclusivement en version numérique. S'il n'y a que 100 000 liseuses vendues en France, il n'y aura jamais plus de 100 000 acheteurs potentiels de livres numériques. Pendant de très longues années encore, le public des livres électroniques sera donc globalement plus restreint que celui des livres imprimés. D'un autre côté, le numérique, dont la production et la distribution sont financièrement moins risquées, permet d'éditer des ouvrages moins promis au succès commercial. On peut imaginer qu'un éditeur teste un livre en version numérique, avant de se décider à le sortir en version imprimée (tout comme certains l'ont fait avec la musique). À l'inverse, on peut aussi imaginer qu'un livre sorte d'abord en librairies et soit ensuite distribué à petit prix en format numérique, à la manière des livres de poche. Ou même, pour les essais et les livres scientifiques, une sortie simultanée en papier et en numérique, avec accès gratuit à la version numérique pour ceux qui auront acheté la version papier (pour utilisation complémentaire des fonctions de recherches ou d'annotations). Aussi, si le passage par un éditeur offre un certain label de « qualité » (travail de correction, de mise en pages, de vérification ou d'iconograhie, garantie d'une certaine ligne éditoriale, etc.), le livre numérique offre la possibilité pour un auteur de s'affranchir totalement des services d'un éditeur pour diffuser son œuvre, ce qui peut être intéressant dans certains cas. Il y a aussi fort à parier pour que certaines thématiques fonctionnent mieux en version numérique qu'en version papier, et vice versa : si le dernier Stephen King lancé en exclusivité sur Kindle correspond bien à la cible des utilisateurs de l'outil, il est beaucoup moins probable que le prochain Larousse du jardinage obtienne, toutes proportions gardées, le même succès en version numérique. On en reparlera lorsque tous les français seront équipés en matériel qui permette de lire aussi confortablement un livre numérique qu'un livre imprimé, mais en attendant, la version papier du livre de l'auteur américain sortira bientôt en librairie — l'expérience de l'exclusivité numérique a ses limites pour qui souhaite gagner un maximum d'argent. Bref, la complémentarité papier/numérique est bénéfique à tous, aussi bien pour les lecteurs et les auteurs que pour les éditeurs. Je pense que l'un ira difficilement sans l'autre.

Les vrais « concurrents » des livres numériques ne sont pas les livres imprimés, ce sont les sites web.

On lit souvent des écrits sur « l'opposition » papier/numérique. Un certain David Meerman Scott a même osé donner son lot de conseils aux éditeurs de livres imprimés pour de « meilleures » mises en pages, plus proches des interfaces numériques. Si globalement les livres imprimés ont toujours résisté à internet (contextes de production, de lecture et de possession différents — là encore, il faudrait plusieurs billets, rien que pour discuter de ces notions plus en détail), et même profité d'internet pour se vendre mieux, je pense que le vrai challenge du livre numérique, qui pour le coup a tout à prouver, sera de démontrer l'intérêt de son format face au format « site web » (gratuit). Alors que les daptations de blogs de cuisine ou de BD en versions imprimées arrivent à se vendre à des dizaines de milliers d'exemplaires en librairies, il n'est pas du tout sûr que ces mêmes livres publiés en format numérique attirent les lecteurs des blogs concernés. Pas grand intérêt puisque tout est déjà disponible sur le web, lisible à partir des mêmes outils. Vous cherchez une recette de risotto ? À quoi bon acheter un livre numérique puisqu'en quelques secondes vous trouverez des centaines de recettes de risotto sur le net. Crédibilité des auteurs, qualité, moyens de production, innovations (enrichissement par de la vidéo, du son, des bonus, mises en pages, multilinguisme, partage ou je ne sais quoi) : si globalement les gens lisent de plus en plus, c'est grâce aux sites internet (de toutes formes) qui leur permettent un accès direct, et le plus souvent gratuit, à leur centres d'intérêt ou à leurs questions. Et si le livre imprimé évolue dans une sphère de consommation parallèle, hors écrans, qui a jusqu'alors résisté à tous les autres médias, le livre numérique aura fort à faire sur ce point pour séduire les internautes, surtout s'il faut les faire payer pour accéder au contenu.




De mon point de vue, tout cela n'empêchera sûrement pas les livres numériques de trouver leur public, mais pas forcément de la même manière et avec la même facilité qu'on l'imagine généralement dans le milieu technophile. Pire : il est même probable que la consultation fragmentée des livres numériques l'emporte et que Google Books mette tout le monde d'accord (enfin presque). Les quotidiens, les encyclopédies et les annuaires imprimés sont déjà has-been (via internet), d'autres types de contenus suivront, migreront d'un support à l'autre… sur livre papier, sur livre numérique ou sur sites web. Le monde des médias continue de tourner comme il l'a toujours fait à chaque fois qu'un « petit nouveau » est arrivé. Le vrai combat, c'est peut être tout simplement de continuer à familiariser les prochaines générations au format livre, quelque soit le support de publication : 1/4 des américains n'ont pas ouvert un livre en 2006… plus fort encore, 39 % des français, soit plus du tiers, n'ont lu aucun bouquin cette même année ! (source : Ipsos). C'est effarant et pourtant, je ne suis pas sûr que ces proportions aient été meilleures par le passé. La marge de progression reste importante.