Design graphique et tarifs

Vu sur le blog Artbook, une publication des tarifs sensés être pratiqués dans les milieux du design graphique, de la photo et de l'illustration. Cette grille de tarifs a été originalement publiée dans le magazine Créanum et dans le Guide du graphiste indépendant. La voici :



En temps que graphic designer, je ne suis absolument pas contre la publication des tarifs de la profession, bien au contraire.
Il y a eu plusieurs initiatives dont la plus emblématique fut celle du défunt Syndicat national des graphistes (SNG) dans les années 90. Tous les tarifs y étaient judicieusement décomposés en 4 postes :
– Recherches, premiers projets (je livre 2 ou 3 pistes graphiques à mon commanditaire) ;
– mise au point du projet retenu (remarques, ajustements par rapport au contenu) ;
– réalisation technique (éxé, suivi de fabrication éventuel) ;
– droits d'auteurs (pourcentage à ajouter en rapport avec le tirage, la durée et la couverture géographique de la diffusion : locale, nationale ou mondiale).

Quelle que soit la commande à chiffrer, ce découpage proposé par le SNG est à mes yeux la méthode tarification la plus crédible. Je me suis permis de mettre en ligne une copie PDF de cette grille. Le SNG n'existe plus, cette grille à plus de 10 ans et elle ne prend pas en compte les métiers du numérique. Mais je pense qu'elle reste intéressante. (9 pages, 3 Mo)

Quelques années après la dissolution du SNG, c'est l'Alliance française des designers qui a pris le relai des grilles tarifaires « officielles », au début des années 2000. Également Designers interactifs qui avait publié une grille tarifaire suite à une enquête. Pour ce qui concerne Créanum, il me semble que ce n'est pas la première fois qu'ils publient ce genre de grille (tous les ans ?).
Toutes ces grilles ont leurs qualités et leurs défauts, je ne vais pas m'attarder sur chacune mais je voudrais juste signaler qu'elles ne sont ou n'étaient accessibles qu'après une adhésion préalable. Ce qui signifie très peu de visibilité pour les commanditaires, pour les gens qui cherchent à travailler avec des designers et qui sont quand même les premiers à convaincre. Les graphistes qui se sont déjà trouvés face à un client qui souhaite la réalisation d'un 92 pages pour 300 € maxi sauront de quoi je parle.

Pour remettre les choses dans leur contexte, il faut retenir 2 choses importantes :
• de manière générale, le design est peu reconnu en France. Beaucoup de décideurs ne comprennent pas son intérêt pour une entreprise et ne parlons pas du grand public. C'est un peu la 5e roue du carrosse, le secteur ou tout le monde décide, sauf les designers. « Le président aimerait bien un dauphin comme logo parce qu'il aime bien les dauphins » ; « je voudrais quelque chose de jeune et dynamique » ; « le directeur marketing régional préfèrerait que le logo soit 3 fois plus grand » ; « 3000 € pour un logo dessiné sur un A4 en un quart d'heure, n'est-ce pas un peu cher ? » ; « trop culturel, nos cibles sont les ouvriers de base » ; « le directeur part au ski demain et ce serait bien s'il vous pouviez lui mettre en page sa brochure de 40 pages pour 18 heures car il souhaiterait la corriger dans le train » ; « le neveux du patron connaît Photoshop, il a fait notre logo, c'est pas mal non ? » ; etc. (les cas cités sont tous inspirés de faits réels, si, si ;-)
• les métiers du design, graphique en particulier, ont subit une grave crise dans la première moitié des années 2000. Avant l'éclatement de la bulle internet, beaucoup de jeunes se sont engouffrés dans la filière du webdesign sur simple maitrise des logiciels. C'était la fameuse culture Start up. Après l'éclatement de la bulle, beaucoup des ces webdesigners se sont reconvertis tant bien que mal dans le design graphique plus généraliste. Parallèlement, pour répondre à cette demande qui s'est accrue brutalement, des dizaines d'écoles privées à formations courtes se sont créées. Aujourd'hui encore, il sort à mon avis beaucoup plus de designers (graphique, web et même objet) qu'il n'y a de travail mais la crise est moins importante qu'il y a quelques années ou les forums spécialisés étaient envahis de chômeurs dépressifs qui venaient demander les formalité pour se mettre en freelances ;-) De ces années noires, reste de grandes disparités de salaires, de culture du design et de spécialités.
Voila pour le contexte, histoire que ceux qui ne sont pas de la profession comprennent bien ce billet, qui s'adresse aussi à eux. Car finalement, ce sont les non designers qui font travailler les designers.

Revenons-en au problème des tarifs.
Je trouve que la grille publiée par Créanum comporte des incohérences qui sont assez symptomatiques de l'image du design en France. J'aimerais en discuter dans ce billet car je trouve que c'est aussi une bonne occasion d'apporter quelques infos sur le métier. Je vais m'attarder principalement sur les parties « graphisme print » et « honoraires / jour » car ce sont celles que je connais le mieux (je pourrais également parler de webdesign, mais j'aurais moins à dire en ce qui me concerne).

Les brochures :

On apprend dans cette grille tarifaire qu'une brochure institutionnelle coûte 7000 €, qu'une brochure de 16 pages coute entre 700 et 2500 €… et qu'un catalogue pour un « artiste / festival » coute de 3000 à 9000 €. Je passe sur les incohérence d'énoncé (combien de page la brochure institutionnelle ? ; la brochure de 16 pages est annoncé entre 700 et 2500 € alors que son prix à la page l'est entre 35 et 100 € ; qu'est-ce qu'un catalogue pour un artiste ?).
Un forfait ne peut pas s'établir comme ça, par rapport à un type de support, à la thématique du contenu et l'importance d'un client. Le nombre de pages est à prendre en compte mais cela dépend également de tout un tas de problèmes : mise en page basée sur une charte existante ou à créer totalement ? combien de propositions graphiques pour valider la créa ? Le contenu texte et image est-il clean ou encore susceptible d'être modifié ? textes en Français ou en Russe ? la complexité de la fabrication ? les conditions de travail ? rapport au tarif journalier ? les droits d'auteur ?
Indiquer un tarif de 7000 € pour une brochure institutionnelle, ça ne veut rien dire. Si tout est pré maché et qu'il ne reste plus qu'a poser du texte validé en suivant une charte, ça peut prendre 2 jours. Si tout est à concevoir et que le texte demande 1 mois de correction avec de multiples validations après mise en page, ça peut prendre un mois.

Les CD audio :

De 300 à 1500 € pour un petit label et de 3000 à 4000 € pour une major, alors que le travail est le même. J'aime ce côté humanitaire des designers, c'est beau :-) Le prix du disque est-il moins cher les pour petits graphistes que pour les vedettes de la profession ?

Flyer :

0 à 1600 €. Où l'on apprend que ceux qui paient 1600 € (ou plus) se font entuber. Faites vous rembourser au plus vite, vous pouvez l'avoir gratos :-) Ou passez par le carton d'invitation (chiffré à 350 €), ça vous fera moins cher (le prix de la traduction entre le mot « flyer » et « carton d'invitation » sans doute ;-)

Image de marque :

La conception d'une image de marque forme un tout entre le marketing et l'identité visuelle (sans la prod – dans « image de marque », on parle juste de la partie conception… enfin je crois, puisque de toute façon, ce n'est pas quelque chose qui peut se facturer en un seul bloc). Donc oui, ça peut être à bas prix comme ça peut couter plusieurs centaines de milliers d'euros, selon la complexité du marché ou évolue la marque, le nombre d'intervenants, les outils (étude statistique préalable, planches tendances, panel, etc.), les objectifs de l'entreprise ou du produit.

Jaquette de DVD :

300 € annoncés ! Pas intérêt à y passer 3 jours ;-)

Livre :

De 4,5 à 7,5 euros la page. Un livre de 200 pages, c'est à dire déjà un bon pavé couterait 1 500 €, c'est à dire 3 fois moins qu'une « plaquette entreprise » (annoncée à 4 500 €). Je pense que tout le monde sait ce qu'est un livre : ce peut être un roman avec du texte au kilomètre (qu'il faut savoir régler) mais ce peut aussi être un gros bouquin techniques avec des schémas, des photos, du texte, une fab complexe, etc. Je pense que je n'ai pas besoin d'argumenter plus que ça.

Les logos :

Un sujet épineux, qui prête souvent à confusion pour les néophytes ou pour les commanditaires.
Tout d'abord, un logo ne se livre jamais seul. On parle plus volontiers d'un système d'identité visuelle (qui inclue un logo parmi d'autres éléments qui la constituent). L'identité visuelle doit pouvoir se décliner sur tous les supports de communication d'une entreprise. Par exemple, La poste, ce n'est pas qu'un logo. C'est aussi la couleur jaune, le choix de la typo utilisée sur les supports, les déclinaisons de mise en page de ces éléments selon les contraintes économiques, fonctionnelles et artistiques propres à chaque support, du stylo à l'uniforme des facteurs, en passant par les sites internet et les différents types d'enseignes. Cela est aussi valable pour une petite entreprise, même s'il y a moins de supports (en général, le minimum est une entête de lettre et une carte de visite). On ne livre jamais un logo seul, sur un CD. Il faut concevoir la manière dont se décline l'identité sur chaque support à travers un document qui accompagne le logo et que l'on appelle une charte graphique.
Ensuite, ce n'est pas une question de petite, moyenne ou grosse entreprise mais tout simplement de la quantité et de complexité des supports sur lesquels cette entreprise à besoin qu'on lui décline son identité visuelle. Si La poste à 1 500 supports à décliner, forcément la charte sera bien plus complexe que si c'est pour une boulangerie avec simplement une enseigne et des cartes de visites. Et puis il faut concevoir tout cela de façon à ce que la production des supports puisse rentrer dans l'enveloppe budgétaire du commanditaire -> travail de devisage préalable, de suivi de fab, de gestion de projet, de conseil. S'ajoute à cela les droits d'auteurs qui eux, sont calculés selon la diffusion de la marque. Tout cela est assez complexe mais dans tous les cas, il faut résonner en nombre de supports et non en importance de l'entreprise. On ne fait pas de tarif à la tête du client.

Rapport annuel :

Encore une fois, selon la quantité, la complexité du contenu et le process, un rapport annuel peut prendre entre 10 jours et plusieurs semaines de travail. Indiquer une fourchette qui va de 3000 à 4000 € me parait très limité. Je dirais plutôt entre 4 000 et 50 000 €.

Honoraires / jour des freelances :

Pas grand chose à dire, si ce n'est qu'ils ne sont pas seulement dépendant de ses compétences mais également du volume de travail de chacun. Si vous êtes « DA indépendant » à 1 500 €/j et qu'à ce tarif là, vos clients ne vous font bosser que 3 jours par an, ça n'a pas grand intérêt. À l'inverse, si vous êtes à 300 € et que vous avez du boulot par dessus la tête, vous pouvez vous permettre d'augmenter vos prestations. La loi de l'offre et de la demande, quoi.
J'aimerais également en profiter pour évoquer les termes utilisés, notamment entre graphiste et directeur artistique. Il y a quelques années, de Pierre Bernard au petit stagiaire chargé de stabiliser les tracés à la plume, tout le monde était graphiste (en gros). Aujourd'hui, les agences de communication se sont calquées sur le modèle des agences de publicité en hiérarchisant à maximum les professions liées à la création graphique. Ainsi, selon les agences, on trouve des infographistes, des éxés, des graphistes, des maquettistes, des directeurs artistiques et des directeurs de création. À force de hiérarchiser, dans le design numérique, on trouve même quelques excentricités comme les architectes de l'information et les ergonomes (deux compétences que sont sensés maitriser des designers dignes de ce nom). On ne sait plus trop qui fait quoi. Je trouve même assez troublant que les freelances se soient calqués sur cette hiérarchisation liées à l'organisation salariale et au management. Directeur (artistique) indépendant, c'est bizarre je trouve. Personnellement, j'essaie tant bien que mal (pas toujours car il faut quand même que les interlocuteurs puissent me comprendre !) d'appeler mon métier le design. La partie graphique du design pour ce qui me concerne (d'autant que je ne fais pas que du « print » mais aussi de la signalétique, du numérique et de la direction de projet parfois). « Graphic design », c'est d'ailleurs comme cela que les anglophones appellent le graphisme. J'aime bien ce terme universel qu'est le design, dommage qu'en France, il est trop souvent assimilé au design de produits uniquement.

Voila. Je termine en précisant que le but de ce billet n'est pas de casser l'initiative de CréaNum mais au contraire, de faire en sorte que la prochaine édition soit meilleure. Il en va de l'intérêt de beaucoup de professionnels.

Commentaires

1 Par bob, le 27/05/08, 17:13

C'est très intéressant,
merci.

2 Par gabyu, le 27/05/08, 17:23

le genre de post a se retrouver dans les forums de praktica ou de designers interactifs.

interessant commentaires et reflections de graphiste.

3 Par Manu, le 27/05/08, 17:39

Très bonne initiative.
Pyramyde avait aussi publier une grille similaire dans le "Guide du graphiste indépendant". C'est drôle, ils parlent aussi de devis en fonction de la taille de l'entreprise...

"Directeur (artistique) indépendant, c'est bizarre je trouve."
>>> Moi je trouve ça tout à fait légitime de se qualifier directeur artistique en étant indépendant quand on a les capacités de direction qu'on annonce. En étant graphiste indépendant, il se peut (et c'est finalement assez fréquent) de faire appel à d'autres personnes pour mener à bien son projet, je pense à des photographes, illustrateurs, développeurs et autres... Bref, un graphiste indépendant peut aussi "diriger" une équipe quand il en a les capacités, et donc devenir directeur artistique.

4 Par Ouinon, le 27/05/08, 18:10

@ manu :
Ah ben oui, en fait la grille de Créanum est exactement la même qui est publiée dans le guide du graphiste indépendant publié par Pyramyd, je viens de m'en apercevoir ! (j'ai édité le billet pour le préciser) C'est encore plus dommage…
Si quelqu'un connait un seul métier du privé ou, à commande identique, on module ses tarifs de 100 % par rapport à la taille économique du client, je suis preneur. On facture plus si il y a plus de travail (ce qui est souvent le cas lorsque l'entreprise est plus importante) mais pas uniquement pour la raison que l'entreprise est plus importante (ou alors, ça va se jouer à 10 %). Je trouve que c'est un peu se tirer une balle dans le pied que de sous-entendre que nous faisons nos tarifs à la tête du client, comme ça l'est dans la grille de tarifs.

5 Par couzinhub, le 27/05/08, 21:28

Je trouve que cette charte est assez comlpiquee, et tres loin du resultat que se sont fixés ses auteurs. Il me semble qu'il serait bien plus interessant de proposer des exemples qui representeraient les couts horaires pour chaque etape de production, de IA, wireframe, design, temps passé avec le clients... etc...
Si je sais comment se construit un projet, quelles sont les etapes de productions, et combien je peux tarifer ces etapes a mon clients, je peux donc creer un modele de devis qui s'appliquera a n'importe quel projet, et prendra en compte la taille de chaque projet.
Il me semble impossible de vouloir evaluer le tarif de projets qui de toute facons ont tous d'utopiques.

6 Par Benoît Drouillat, le 27/05/08, 22:45

Analyse très pertinente ! Merci d'avoir cité *designers interactifs*. Les constats sont ô combien vrais. La culture du design est très faible en France, mais paradoxalement, ce sont les designers qui en sont avant tout responsables... Juste pour replacer dans son contexte notre étude sur les salaires, elle s'intégrait dans le cadre d'un sondage beaucoup plus vaste sur les conditions d'exercice des métiers du design interactif (niveau d'expérience, expertises, types de structures etc.). L'édition 2008 sera publiée en fin d'année.

7 Par Rémi, le 27/05/08, 23:12

Intéressante ton analyse.

Pour le statut de Directeur Artistique indépendant, je trouve ça tout à fait légitime.

Et pas seulement parce que j'ai fait une formation "DA" et que c'est écrit sur un bout de papier (attention alors ! ;))

8 Par Ouinon, le 28/05/08, 07:10

@ couzinhub : pas bête mais alors il faudrait carrément y consacrer un livre (un prochain mini guide Pyramyd ? ;-). Détailler les projets, expliquer ce qu'ils sont en terme de process, c'est un peu ce que j'ai voulu faire rapidement dans ce billet mais dans le cadre d'un blog, je ne peux pas le faire beaucoup plus en détail, ce serait beaucoup trop long. D'ailleurs, les tarifs du SNG étaient un peu dans cette veine mais le détail était plus systématique (recherches, mise au point, éxé et droit d'auteurs -> c'est bien car le principe colle à n'importe quelle commande de design mais ça ne rentre pas dans la complexité particulière à certains types de projets comme l'identité visuelle, la signalétique, la scénographie et la conception de gros sites webs, par exemple).

@ Benoît Drouillat : oui, je ne me souviens plus des détails mais je crois que j'avais participé à l'étude de Designers interactifs ;-)
Effectivement, je pense également que les designers ont leur part de responsabilité (il y a tellement de disparités dans les formations, les responsabilités, les domaines d'intervention et autres que c'est difficile de rentrer dans les détails) mais je crois qu'il y a aussi un climat qui fait qu'on ne fait généralement pas confiance aux designers, aussi bien dans l'entreprise (trop de décideurs, le design est souvent écrasé par le marketing, le designer intervient peu en amont, le budget consacré au design est rarement à la hauteur, etc.) que chez le grand public (souviens-toi les réflexions des français à propos des tarifs lorsque les identités visuelles de l'ANPE ou de la SNCF ont été renouvelées…).
« Les gens » comprennent très bien qu'un maçon prenne 400 €/jour sur 10 jours pour ravaler une façade mais ne comprennent pas qu'un designer puisse leur prendre la même somme sur la même durée pour faire une brochure. C'est léger et c'est pas épais donc ça ne vaut rien. Ils comprennent très bien qu'on puisse dépenser 2 millions d'Euros pour rénover un centre des Impôt dans une ville moyenne, mais ils ne comprennent pas qu'on puisse dépenser la même somme pour renouveler l'image d'une grande entreprise française. C'est comme ça…
En Suisse, en Hollande ou même en Allemagne par exemple par exemple, il me semble que les designers sont bien plus reconnus et respectés par le public, les médias et le monde de l'entreprise.
Cela-dit, il y a probablement aussi une responsabilité des designers dans cet état de fait.

@ Rémi : oui je ne vais pas me battre sur le terme de DA ;-) C'était juste pour signaler la diversité des appellations, qui sont souvent plus histoires d'organisations internes que de compétences ou même de champ d'intervention. Chez Pierre Bernard, les collaborateurs sont appelés graphistes, chez Ruedi Baur ils sont appelés designers et chez Publicis ils sont appelés DA. Pas sûr que cela soit très compréhensible par le grand public mais bon… ;-)

9 Par Zelkova, le 28/05/08, 08:27

Ton billet est bien fait. Il rappelle qu'on ne peut pas prendre pour argent comptant une grille tarifaire sortie d'un contexte.

Au niveau du "je facture à la tête du client", j'aimerais donner mon opinion car l'air de rien, c'est toujours très dur de deviser un projet.
Le fait d'analyser le prix en fonction du temps de travail exclusivement comme tu l'as souligné ("plus de déclinaisons du logo à faire pour LaPoste que pour mon boucher") est un bon calcul, objectif, pragmatique.
Celà dit, pour un temps de travail identique, le logo (comprendre à chaque fois logo + charte + déclinaisons) de LaPoste devrait se vendre plus cher que celui de mon boucher pour la raison que nous autres ne faisons pas de facture mais des "notes de cession de droit d'auteur" (on vend l'exploitation de notre "oeuvre") et si on devait faire un devis bien détaillé (comme tu l'as indiqué au début), on devrait tenir compte de l'exploitation de notre oeuvre.
Pourquoi un flyer peut doubler, voir tripler? S'il est distribué à 1000ex ou 50 000ex, ça change la donne à mon avis.
Je trouve normal de faire payer un service plus cher dans la mesure où il va être plus exploité. A la limite, si c'était possible on pourrait toucher 0.5% sur le chiffre d'affaire de la boîte grâce à notre logo :-p ça serait ça la différence entre le boucher et LaPoste.

C'est pour ça que je n'aime pas trop quand tu emploi "à la tête du client" parce que ça tend à rendre nos devis plus obscures vis-à-vis des commanditaires.

En tout cas, c'est bien utile d'avoir analyser cette grille car je me souviens d'être très frustré au début quand je me rendais compte que j'étais très loin (en dessous ;-)) des tarifs indiqués.
encore aujourd'hui, j'arrive tant bien que mal à imposer un salaire de 200€/jr; et si on enlève dans le mois, toutes les demi-journées cramées en déplacement-RDV, journées compta, temps passé par mail (horrible), tél, etc... ça laisse peu de jours pour la "production"...

10 Par Ouinon, le 28/05/08, 09:57

@ Zelkova : Attention, on est quand même sensé faire des factures, dans lesquelles peuvent éventuellement être noté la cession des droits d'auteurs (ou une note annexe). Mais il y a toujours facture traditionnelle, comme pour n'importe quelle boîte.
Pour ce qui concerne la cession des droits d'auteurs (surtout pour ce qui concerne les travaux d'identités visuelles et d'affiches), bien entendu, c'est en rapport avec la diffusion comme je l'indiquais dans le billet. Mais une petite entreprise peut très bien se permettre de communiquer à l'échelle nationale (par internet par exemple) et une très grosse boîte peut avoir besoin de produire une plaquette uniquement pour une petite partie de ses salariés. Donc, pour ce qui concerne les droits d'auteurs, faire en fonction de la diffusion, oui, mais faire en fonction de la taille de l'entreprise, non.

Enfin, ça reste mon avis perso… chacun fait ce qu'il veut après tout ;-)

11 Par LeChieur, le 28/05/08, 14:46

Mort de rire, je découvre ton post pendant une pause au milieu d'un énorme tunnel de boulot : la mise en page d'un livre, justement. Un gros bouquin scientifique très chiant, avec une partie écrite par des historiens (les spécialistes de la note de bas de page tous les trois mots et de la bibliographie interminable), et une partie linguistique (avec des langues et des alphabets dont j'avais jamais entendu parler). Sans oublier les schémas, les tableaux, ni évidemment les cartes qu'il faut refaire en urgence parce que l'auteur t'a filé un JPEG de 3ko. Hébin moi, c'est 8 € la page, à la fois quand je suis prestataire-mercenaire, et quand je travaille pour moi (c'est le montant que j'inscris dans mes budgets pour calculer la rentabilité d'un job). Et c'est pas volé.

En revanche, je suis aussi en train de lire un roman très sympa, mais où le "graphiste" n'a jamais entendu parler ni de veuves ni d'orphelines, et où les coupures de mots sont faites n'importe comment. En bref, il a importé le doc word de l'auteur dans InDesign, il a cliqué sur "Hyphenate", et roule ma poule, il a envoyé le PDF comme ça à l'imprimerie. Hébin le gars, s'il a pris plus de 10 centimes la page pour faire ça, il mérite la prison pour escroquerie, à mon humble avis. Et malheureusement, sur 10 bouquins que je lis en ce moment, 9 au moins sont composés à la hache comme celui-là.

Bref, t'as bien raison. Les grilles de tarifs comme celle-là, ça ne veut rien dire. Et avant de s'occuper des tarifs, on ferait mieux de causer des compétences.

12 Par Ouinon, le 28/05/08, 15:39

8 euros/page, c'est déjà mieux que ce qui est annoncé dans la grille ci-dessus, mais je pense que tu pourrais aller au delà pour tes prochaines commandes ;-) Perso, en général, pour ce genre de bouquin, je facture au minimum 30 € la page rien que pour l'éxé + un forfait pour la créa qui varie entre 2000 et 4000 €. Et encore, j'ai deux 92 pages à faire en ce moment et je pense que je vais avoir du mal à m'y retrouver par rapport à mon tarif journalier. L'édition est un secteur super intéressant mais c'est aussi un secteur qui est connu pour payer moins que la com… pas facile !

13 Par M. LeChieur, le 29/05/08, 08:40

Oui, j'oubliais de préciser que ce n'est que de l'exé. Je ne fais pas de créa, je ne suis quand même pas escroc à ce point ! :-)

14 Par Arthelius, le 30/09/08, 21:03

Bonjour

Je suis l'auteur de ce scan des tarifs.
Et effectivement je ne mettais pas aussi bien penché que vous sur les tarifs indiqués.
Débutant dans le métier, je cherche à connaitre les vrais tarifs à appliquer, et il est vrai qu'il est difficile de donner un prix à son travail, sans que l'interlocuteur en face ne face de gros yeux ronds.

Merci pour votre aide, et de m'avoir cité c'est fort aimable de votre part.

Bonne continuation et longue vie à votre site.

15 Par Erika, le 10/10/08, 21:56

Bonjour,

je vous invite à découvrir le site www.calkulator.com où vous trouverez des réponses à vos questions de prix et de droits d'auteur. Le droit d'auteur est expliqué sur la page www.calkulator.com/aide.p...

Vous pouvez calculer librement vos droits d'auteurs à partir de vos honoraires ici: www.calkulator.com/domain...

Pour plus d'info sur le sérieux de ce site recommandé par l'Alliance française des designers, consultez notre site www.moneydesign.org

Cordialement,
Erika,
association Moneydesign

16 Par Christophe D., le 11/10/08, 10:44

À Erika :

Mais quelle est cette manie de toujours faire payer les gens pourvoir les tarifs (entre 69 et 119 € quand même) ? Ces tarifs vous appartiennent-ils ?

Au contraire, si on veut vraiment servir le métier, je pense qu'il faut les diffuser largement et gratuitement, pour les crédibiliser auprès du plus grand nombre, sinon ça ne sert à rien. Quels que soient vos partenaires, ça fera une belle jambe à mon client si je lui dis que « le Calkulator » indique un tarif 2 fois supérieur à son budget (limite de budget qui ne lui permettra d'ailleurs généralement pas de s'inscrire chez vous pour en avoir le cœur net). Moi, depuis des années, je donne des aides à la tarification à qui me les demande… gratuitement (quand je peux le faire) et c'est aussi le cas de centaines de graphistes (ou d'autres professionnels de leur profession) sur les forums spécialisés. Il n'y a que dans les métiers du design où l'on voit se genre de business sur les tarifs, et à mon avis, ça ne fait que mettre en lumière le chaos qui règne dans le milieu auprès des commanditaires potentiels. Pour 10 graphistes débutant qui trouveront des aides à la tarification (après avoir payé), vous aurez 50 commanditaires potentiels qui non seulement ne paieront jamais, mais qui de surcroit nous prendront tous pour des guignols qui se sont lancés trop vite en freelance, sans même connaître la valeur de son travail. Rien de très flatteur pour le métier en somme.

D'ailleurs, j’ai aussi beaucoup de mal à comprendre les tarifs élaborés sur des sondages. Un tarif doit s'établir de façon rationnelle, par rapport à un contexte précis, il ne se produit pas sur des sondages, surtout dans un métier qui est mal considéré et qui ne va pas très bien… rien de tel pour tirer les résultats vers le bas.

17 Par barbouille, le 24/10/08, 13:34

dans la brochure du SNG, les taux de droits sont expliqués en page 11. Mais elle n'est pas dans le pdf. Arghhh! ça serait possible de la voir ?

18 Par Christophe D., le 24/10/08, 16:59

Oui, pas de problème. Le plus dur pour moi est de retrouver la brochure ;-) Je vois ça ce weekend ou la semaine prochaine.

19 Par thebrokenface, le 12/04/10, 09:00

Merci merci merci
très bons commentaires...

le problème des créa comme moi c'est que sans vraies bases tarifaires nous sommes perdus!!
il est si dur de donner un prix à son travail quand on le fait avec passion!!!!

20 Par Arno, le 09/06/10, 12:18

Ben, pour le tarif variable en fonction de la taille de l'entreprise, pour moi il y'a 2 choses importantes qui justifie une hausse importante des tarifs, et ce n'est pas volé :
le nombre d'exemplaires diffusés. (plus grand avec un gros client)
l'enjeu stratégique et la responsabilité bien différente avec un grand groupe et un petit artisant...ça se paye je pense, et ça on l'oublie le plus souvent. le travail de graphiste ce n'est pas seulement de placer des zolis formes avec des couleurs...c'est aussi une expertise.

Vous avez tout intérêt à réussir votre logo pour le grand groupe...
de toute façon vous allez passer bcp plus de temps en recherche et retours...

21 Par Christophe D., le 24/06/10, 08:36

Arno : Le problème ne se pose pas pour les gros commanditaires (avec les gros commanditaires, question tarifs, on peut généralement s'arranger, ne serait-ce qu'on négociant un tarif de recherche journalier pour palier aux multiples validations + droits d'auteurs + nombre de supports à facturer, etc.). Le problème de facturation à la tête du client se pose plutôt pour les petits commanditaires pour lesquels les jeunes graphistes ont souvent tendance à bosser à perte, en négligeant le temps de conception, de validation et de suivi de fab (parce qu'un plombier, il ne sait généralement pas quoi faire avec des éléments livrés sur CD). Un logotype pour un petit commanditaire peut aussi prendre des jours à valider (avec un budget créa + fab non extensible, pour le coup) et c'est plutôt là qu'il arrive régulièrement des problèmes avec les graphistes qui pensaient que le décideur allait se contenter d'une bouse tombée en quelques heures parce que devis serré.

Ajouter un commentaire

Vérification anti-spam, veuillez répondre à la question suivante (en chiffres) pour pouvoir poster votre commentaire :