J’ai assisté hier au colloque
Carto 2.0, sur la cartographie de l'information (j'ai payé ma place, ceci n'est donc pas un billet de complaisance). Globalement intéressant, bien organisé, dans des locaux à la hauteur (l'école d’ingénieurs en sciences des technologies de l'information –
ESIEE).
Sur les 12 exposés que j'ai suivis, quelques uns m'ont particulièrement marqué :
Laurent Balydier – Kartoo : belle présentation des outils des services proposés, notamment pour ce qui concerne
Quintura et
Kartoovisu,
des outils de tri des résultats Google, diablement efficaces. Comme le disait simplement Laurent : « 90 % des recherches se font rapidement et simplement par les moteurs de recherche, notre rôle est d'aider les utilisateurs à faire les 10 % de recherches d'information qui posent problème ». Également
un sympathique outil de représentation de résultats par arborescence thématique, ce qui favorise la découverte et la veille.
Étienne Roche et Frédéric Griffe – Iconocast : Iconocast réalise des outils de visualisation de données sur mesure. Assez bluffé par les réalisations présentées, tant en terme de design (à 15 h, c'est la première conférence ou l'on voyait
un projet comportant du design, enfin – j'ai failli croire à un moment que le travail de représentation et de traitement visuel n'était plus celui des graphic designers ;-), d'interactivité et de navigation. Des manières pertinentes de présenter des informations complexes. Plutôt que de long discours descriptifs, je vous invite à jeter un œil sur
la galerie d’Iconocast. Pour l'anecdote, la dernière présentation concernait un graph interactif de « fonds de fonds » (en finance), exercice très complexe auquel je me suis déjà frotté sur version papier pour un client avec une efficacité moyenne car les limites de place à l'intérieur d'un document imprimé sont très contraignantes par rapport à la complexité du sujet. Donc, assez bien placé pour comprendre que l'interactivité et la représentation 3D du travail d’Iconocast apportent un vrai plus.
Guilhem Fouetillou – RTGI : Guilhem n'a eu le temps que d'évoquer les problématiques de communication propres aux médias sociaux, chose à laquelle je suis très sensible. J'étais d'accord sur toute la ligne avec l'analyse présentée que je ne vais pas reprendre ici d'autant qu'elle correspond à beaucoup de choses que j'ai déjà écrit ici ou sur d'autres blogs.
Intéressant d'avoir ce genre d'analyse car beaucoup de conférenciers présentaient des outils de représentation du net par échange de liens, sans trop parler de l'interprétation qu'il faut en avoir (rapport aux type de donnée, aux médias, à « l'influence », aux micro communautés, aux spécificités comportementales des communautés, à la « porosité », etc. En gros, ce n'est pas parce qu'un site à beaucoup de liens entrants qu'il a forcément plus d'audience, de popularité ou de « vrais lecteurs »). Même si je connais déjà, j'étais quand même un peu frustré de ne pas avoir pu voir de présentation des
solutions de veille proposées par RTGI, par son fondateur.
Amusant, Guilhem Fouetillou avait montré en exemple l'analyse réseautique du oui et du non pour le référendum européen, en démontrant par un graph que les résultats étaient prévisibles par le net (croisement de liens et de sémantique). À la fin de l'exposé, un auditeur lui a demandé sur un ton amusé quel serait le prochain président des US. Sans pour autant s'engager, d'après le buzz, Guilhem a répondu Obama. J'ai comme un doute sur la réalisation de ce pronostique… à suivre ;-)
Olivier Nerot –
Social Computing : Olivier (qui était assis à deux places de moi lors du repas du midi et dont je n'ai pas reconnu la photo sur les actes imprimés, dommage !), qui a passé un Doctorat sur les réseaux neuronaux a entièrement consacré son exposé à une très pertinente
comparaison des réseaux neuronaux et des réseaux de liens internet. Jusqu'à en tirer des analogies concernant l'intelligence, la mémoire, l'étude, pour finir sur la notion plus large d'intelligence collective. Très bon.
Claude Aschenbrenner – blog
Serial Mapper : pour moi, c’était un peu la récréation. Dans l'esprit de son blog, Claude a présenté des exemples intéressants de cartographies de l'information. Personnellement, je ne suis pas fan des représentation cartographique du web sur plans de métro (remplacer le nom des stations du métro de Tokyo par des noms de sites chopés sur des rapports d'audience annuels de Nielsen, je ne vois pas l'intérêt par rapport à de simples listes typographiques hiérarchisées par catégories – ce qui serait un peu moins coloré mais beaucoup plus lisible) mais je partage un intérêt pour la plupart des autres cartes présentées, notamment pour celle de Joseph Minard qui montre la perte d'effectif au cours de l'avancée et de la retraite des troupes napoléonienne en Russie :

Comme le disait Claude, en voyant cette carte, pas besoin de long discours pour comprendre le désastre militaire et humain de cette campagne (en marron, l'effectif et le parcours à l'aller, en noir, l'effectif et le parcours au retour). Un véritable plaidoyer pour les systèmes de représentation visuelle – combien de pages de texte aurait-il fallut pour traduire les données de cette carte avec des mots ? (d'autres travaux de Minard
sur ce site).
J'ai également particulièrement apprécié le fait que Claude Aschenbrenner évoque exclusivement des cartes conçues « à la main » sans outils de préformatage comme cela est souvent le cas aujourd'hui, notamment dans les présentations des autres conférences.
La représentation visuelle sur mesure (avec des outils de design graphique par exemple) demande un travail de « traduction » des données et de rendu un peu plus conséquent mais quel régal !
Je me suis sauvé à 17h45, sans avoir pu voir les 2 dernières conférences et sans avoir bu le champagne de clôture.
Quelques uns de mes sites favoris au sujet de la représentation graphique de l'information, pour ceux que le sujet intéresse :
Strange Maps
Creative Mapping
Information aesthetics
Visual complexity
Caida
The collection
Les cartes de mémoire sur Flickr
Edward Tufte