Deprecated: Assigning the return value of new by reference is deprecated in /htdocs/public/www/ecrire/tools/xemb/XEmb_Cache.class.php on line 124 Warning: Cannot modify header information - headers already sent by (output started at /htdocs/public/www/ecrire/tools/xemb/XEmb_Cache.class.php:124) in /htdocs/public/www/index.php on line 49 Photo officielle du président Sarkozy : reparlons-en en détail - Ouinon.net

Photo officielle du président Sarkozy : reparlons-en en détail

« Mais qu'est-ce qu'il nous embête à parler encore de la photo officielle celui-là !? »
Oui, je sais, plein de gens très bien en ont déjà parlé (liste de liens à la fin du billet) et les billets sur la question ont été très commentés, quasi-exclusivement dans le sens du négatif. D’ailleurs, c’est amusant ce soudain engouement des commentateurs de blogs pour la photographie…
Comme non seulement je ne suis pas d'accord avec tout ce que j'ai lu et qu'en plus, j'ai quelques petits éléments à ajouter à notre affaire, après avoir rédigé un premier petit billet de réaction à chaud, j'ai finalement décidé de faire moi aussi une analyse détaillée de cette image présidentielle. C’est la première véritable analyse que je fais sur ce blog, j'espère être à la hauteur du spécialiste du genre ;-)




1 - Les photos officielles

Tous les présidents de la république française, sans exception, ont posé pour la photo officielle. On imagine très bien que la symbolique de cette image ait pu évoluer au fil des décennies. Du simple portrait de souverain, dans la lignée directe des peintures de rois, en passant par la symbole de l'État dans les lieux publics, jusqu'à la démocratisation de la photographie et de la télévision qui n'a laissé à cette photographie qu'un vague statut d'objet souvenir. Pourtant, aujourd'hui, la photographie officielle du président de la république habille toujours les murs des mairies et plus largement, de tous les lieux sensés représenter l'État (commissariat, ambassades, etc.). Elle joue un peu le rôle d'un faire part d'élection : « Monsieur Jacques Chirac, ancien chef d'État, et Monsieur Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, ont l'honneur de vous faire part de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république ». Toujours est-il que ça ne doit pas être facile, lorsqu'on est maire d'extrême gauche d’exercer avec la photo de Nicolas Sarkozy dans le bureau ;-)
Sur l'historique des photographies officielles, je vous suggère une visite sur Déménageons l'Élysée dont l'auteur s’est déjà acquité de l'exercice.
La série de photos présentée ci-dessous met en évidence un manque d'originalité certain : sur 22 photos officielles, 17 sont cadrées à mi-cuisse en 3/4 face, c'est-à-dire la même pose que Nicolas Sarkozy en 2007. Pire : 15 présidents sont moustachus ! Ci-dessous, pour gagner du temps, j'ai honteusement pompé les bandes d’images de Déménageons l'Élysée pour pouvoir les remonter plus rapidement :




2 - Pourquoi Philippe Warrin ?

Philippe Warrin est l'auteur de la photo présidentielle 2007. Il est photographe à l'agence de presse Sipa, il a 44 ans et a une vingtaine d'année d'expérience photographique derrière lui, principalement dans le monde du spectacle et de la télévision. Vous pouvez voir son portfolio en ligne ici. Phillipe Warrin a tout d'abord rencontré Cécilia Sarkozy, il y a 3 ans pour une série de photos destinée au magazine Questions de femmes. Les photos ont plu à la belle et c'est ainsi que Warrin a pu se rapprocher du futur couple présidentiel en les suivant notamment lors de déplacement à New York ou au Maroc. Il a réalisé la photo de l’affiche de campagne de Nicolas Sarkozy et a suivi le candidat lors des grandes occasions de la campagne. Il était notamment le seul photographe présent (il me semble ?) au Fouquet’s, pour Paris-Match, le soir du second tour. Rappelons au passage que le propriétaire de Match, Arnaud Lagardère est un proche du président et qu'il était lui aussi au Fouquet’s ce soir là. Bref, cette série de contacts et de collaborations a fait de Philippe Warrin le photographe désigné pour la photographie officielle du président. Notons pour l'anecdote que Philippe Warrin a déjà réalisé une série de photo sur Dominique Strauss-Kahn.
C’est un risque, sans doute non pris en compte ou sous-évalué de la part de Nicolas Sarkozy, d'avoir choisi ce photographe pour la photo officielle. En effet, choisir un photographe de renom aurait représenté une certaine caution, non pas en terme de qualité (cf. les 3 dernières photos officielles, plutôt moyennes) mais une caution culturelle, utile pour se protéger de la critique. Parce que pour l’amateur, journaliste ou blogueur, à qualité au moins égale, il est évidemment beaucoup plus facile de critiquer le travail d'un vulgaire « photographe people » que celui d’une Bettina Rheims, c'est sûr.


3 - La conception et la production de la photographie

« Le Président voulait simplement être debout dans la bibliothèque avec le drapeau français derrière lui. »
Si l'on ajoute à cela le fait que Nicolas Sarkozy n'a accordé que 20 minutes (après une première décommande) à Philippe Warrin pour prendre les dizaines de clichés nécessaires à une bonne séance de poses, on comprend vite que la photographe a non seulement eu très peu de temps pour travailler et qu'en plus, il avait des contraintes de mise en scène qui imposaient un certain classicisme. Cependant, précisons que c’est Philippe Warrin qui a suggeré l'apport du drapeau européen et il assure dans cette interview de n'avoir retouché que le costume « car les manches étaient froissées »*. On peut le croire car ce n'est effectivement pas l’intérêt d'une personne qui passe les 3/4 de son temps devant les caméras, la plupart du temps non maquillée, de vouloir jouer les liftés l'espace d'une photo. D'autant que Nicolas Sarkozy n’a pas semblé y accorder une importance démesurée si l'on en juge le caractère expéditif de la prise de vue.
(* Nous parlons ici de retouche « physique » du sujet et non de développement Raw ou de post-traitement des couleurs qui elles, sont très courantes, voire quasi-systématiques chez les photographes pros – nous reparlerons de ce type de retouche plus loin).


4 - Deux photos différentes

Tout le monde ne l'a peut-être pas remarqué mais il y a bien deux photos qui ont circulées depuis la publication du portrait officiel. Diffusée en ligne par quelques gros sites, et de meilleure définition, la photo ci-dessous à droite, trop lumineuse, a été la plus vue sur le net dans un 1er temps. Celle de gauche a plutôt été diffusée par la télévision et la radio (rhooo, si on peut plus plaisanter ;-) puis sur le net, dans un 2e temps, lorsque quelques internautes se sont rendus compte qu'ils regardaient de la mauvaise image. Car c'est bien l’image de gauche qui est la bonne (cf. le site de l'agence Sipa pour laquelle travaille Philippe Warrin).



Deux images à la chromie et au cadrage totalement différents. J’ai opéré une superposition pour montrer la différence de cadrage sur la partie droite de l'image. Alors pourquoi la version « lumineuse » (appelons-là « version Jesus-Christ ») a t-elle circulée ? Mystère. Étant moi même graphiste et ayant parfois travaillé pour la presse, j'ai une hypothèse : je pense que la version Jesus-Christ a été sujette à une modification colorimétrique pour adapter l'image à une impression sur papier journal (très courant en « photogravure », surtout sur ce type de papier non-couché). Idem pour le rognage à droite qui aurait permis de faire renter l’image dans un colonage précis. Et cette version « pour impression » aurait été diffusée par erreur sur le net par un quotidien en ligne. S'en est suivi le jeu habituel des blogueurs, moi en premier, qui sont venus piquer l'image, parce qu'elle était de plus grande taille que les autres, et l'ont diffusée à leur tour sans se douter qu'elle avait été retouchée. C'est juste mon hypothèse de graphiste, je ne connais pas les faits. En tous cas, cette confusion fut relativement gênante, j'en ai moi même témoigné « en temps réel » dès le mercredi matin dans le précédent billet.


5 - Les commentaires sur l'image

Sur les divers blogs et sites ou la photo a été analysée ou présentée, les commentaires des lecteurs sont presque tous négatifs. Pourtant, le petit sondage que j'ai réalisé ici même nous montre que 4 personnes sur 10 apprécient cette image (60 % non - 40 % oui avec près de 70 réponses au moment ou j'écris). Mieux, un sondage express du Figaro (plus de 14 000 participants) indique 53 % de taux de satisfaction (précisons néanmoins pour les plus jeunes que le le Figaro est un journal dont le lectorat penche à droite – cela ne devrait avoir avec aucun rapport avec la qualité d'une photo mais on commence malheureusement à bien connaître les travers du e-partisanisme…). Bref, disons que les avis sont partagés et que les vagues de remarques négatives laissées par les commentateurs de blogs ne sont pas représentatives de l'opinion publique, une fois de plus. Quel que soit le sujet, on commente beaucoup plus souvent pour critiquer que pour défendre, ce n’est pas un scoop.
Je me suis amusé à décortiquer ces commentaires et à ressortir les principales critiques :
– le livre en arrière plan ajoute une oreille au président ;
– le physique de Nicolas Sarkozy (« gros, mal habillé, moche » etc.) ;
– son air crispé sur la photo (?) ;
– le cadrage qui souligne sa petite taille ;
– le mythe d’un Nicolas Sarkozy sous-cultivé qui ose poser dans une bibliothèque ;
– les drapeaux font pro-américain.

Sauf en ce qui concerne le livre situé en arrière plan (nous en reparlerons plus en détail), cette synthèse met en évidence le fait qu’à travers la critique de l'image, c'est le président lui-même qui est critiqué, notamment sur son apparence. Qu'en déduire ? Pas grand chose si ce n'est que les anti-sarkozystes (et les râleurs en général) sont majoritaires chez les commentateurs de blogs. Ils ne sont pas majoritaires chez les français, chez les blogueurs, chez les lecteurs passifs, mais ils le sont assurément chez les commentateurs de blogs. Cette tendance n'est d'ailleurs pas une nouveauté : depuis des mois, n’importe quel billet évoquant de près ou de loin Nicolas Sarkozy est régulièrement assené d'une grosse majorité de commentaires négatifs.
Pour rire, on peut aussi s’amuser à comparer les commentaires laissés par les lecteurs de la Boîte à images sur la superbe photo de l'affiche de campagne de la Joconde Ségolène Royal et ceux laissés sur l'immonde photo officielle du nabot Nicolas Sarkozy. Comme quoi notre sens critique nous joue parfois de vilains tours, surtout lorsque les e-militants s’en mêlent ;-)

Mais reparlons de photo…


6 - La photographie

Description des éléments
Deux sujets et un fond. Les deux sujets sont les drapeaux (qui forment un ensemble homogène) et le président. Les deux occupent l’image avec la même force. Le président parce qu'il est au centre ; les drapeaux parce que leurs couleurs se détachent le plus de la photo. Le fond est une bibliothèque, à la forme ovale. C'est Charles De Gaulle qui a le premier posé à cet endroit en 1959. Notons que l’apparition du drapeau français dans la photo officielle n'est pas une première : on l’a trouvé pour la 1re fois et en bonne place, avec la photo de Valery Giscard d'Estaing en 1974 et… avec celle de Jacques Chirac. Et oui, regardez bien : un drapeau français est déployé sur le toit de l'Élysée en arrière plan, juste à la hauteur de la tête du corrézien.

L’expression du président
La posture est figée, droite, et l'expression du personnage est assez neutre. On sent un lointain sourire, très discret. À ce sujet, notons qu’à l'instar de Nicolas Sarkozy, aucun président de la république n'a jamais franchement souri sur sa photo officielle. Quelques sourires pincés par-ci, par-là, notamment chez les 3 derniers prédécesseurs du président, mais la gravité semble de rigueur dans cet exercice.

Le cadrage
Il est large en hauteur. Contrairement à ces ainées, cette image laisse beaucoup de place au décor, surtout dans sa partie haute. Ce sont les drapeaux qui imposent ce cadrage et de ce point de vue, on peut dire que c'est assez bien fait puisque ces derniers ne sont coupés ni trop court, ni trop long, juste assez pour qu'on reconnaisse des drapeaux et pour les mettre correctement en valeur. Ce sont donc les drapeaux qui ont défini la hauteur du cadrage et non le président, qui a dû subir la taille de cet élément. Par conséquent, je pense qu’il aurait été tout à fait possible de garder les mêmes intentions tout en adoptant un cadre plus serré. Pour cela il aurait tout simplement fallu utiliser des drapeaux… plus petits ! Non, ne riez pas, j’ai fait l'expérience ci dessous, en réduisant les drapeaux sous Photoshop :



Sur la photo de droite, les drapeaux sont cadrés exactement de la même manière en tête et en pied que sur la photo officielle mais leur rétrécissement permet de gagner de la place en hauteur et ainsi de resserrer le cadre aussi sur la largeur. Ainsi le président occupe plus d'espace sur l'image. Est-ce une meilleure photo ? pas sûr, à débattre. Et puis peut-être que cela a été tenté dans d'autres clichés (une quarantaine on été pris par Warrin durant les 20 minutes de prise de vue), peut-être pas. Peut-être cette composition là, avec cette taille de drapeaux là, avait été réfléchie et prévue avant la prise de vue… ou peut être a t-elle été improvisée, et donc subie par les éléments de composition, au dernier moment « ah merde, ils sont hauts ces drapeaux ! et si on les coupe en hauteur, on ne les reconnaitra plus… allez hop, on cadre large »… Je ne sais pas. Je pense que cela n'a pas été maitrisé, mais rien ne me permet de l'affirmer car je n'ai pas vu les autres clichés.
Au-delà de ce rapport de taille drapeaux/personnage, le président est coupé au niveau des cuisses, sous la main. C'est le cadrage de jambe le plus courant dans les photos officielles de président. De l’espace est laissé à la droite du président, pour décentrer les deux éléments et éviter une composition trop symétrique (cet espace est donc relatif à l'espace laissé au-dessus du président). Classique – même si pour les autres photos, l'espace était plutôt laissé devant les présidents. Encore une fois, ce sont les drapeaux, placés devant Nicolas Sarkozy, qui ont modifiés la donne.

Un mot sur l’éclairage
Il est tamisé, l'ambiance est feutrée, typiquement dans l'esprit des bibliothèque anciennes, tel que perçu dans l'esprit collectif. Même s’il est clairement artificiel, l'éclairage se veut relativement proche de la luminosité naturelle de la pièce avec cependant une variante de taille : la lumière est concentrée sur le centre de l'image, fermant ainsi les coins par des teintes plus sombres. En photographie, on appelle cela un effet de vignettage. C’est une retouche (je ne pense pas que cela ait été fait lors de la prise de vue, pas à ce point en tous cas) qui rappelle la photographie ancienne et qui d'un point de vue esthétique, permet d’accentuer l'effet de cadre.

Le sens
Les photos officielles ont longtemps été considérées comme de simples portraits statuaires, sans réelle volonté de communication propre au sujet… jusqu’à ce que Valéry Giscard d’Estaing introduise une forme de message à travers sa photo (cassure avec la tradition, modernité, oser). Depuis, nos présidents aiment glisser une petite note personnelle dans leur photographie officielle : Mitterrand et ses Essais de Montaigne pour affirmer son amour des lettres ; Jacques Chirac avec sa posture courbée qui nous accueille dans le jardin de l’Élysée. Avec Nicolas Sarkozy, nous avons les drapeaux. Tabou nationaliste brisé, valeurs patriotiques ressorties des tiroirs, pas de complexe : c'est le signe, le logo Sarkozy. Personnellement, je trouve assez judicieux de la part de Philippe Warrin d'avoir ajouté le drapeau européen qui tempère un peu l'aspect nationaliste du drapeau français, pour y ajouter un nécessaire esprit d'ouverture communautaire. Comme quoi, un « photographe people » peut aussi avoir un cerveau qui permette de tempérer un peu les ardeurs d'un président encore un peu trop focalisé sur les grandes lignes de sa campagne. Notons au passage que la plupart des présidents du monde posent officiellement avec leur drapeau national. Ce n'est une spécificité ni française, ni américaine.
Et puis nous avons des livres, symbole de culture… ou de tradition ! Puisque Charles De Gaulle, Georges Pompidou et François Mitterrand avaient déjà posé à la même place, la connotation historique du lieu devient à mon avis, bien plus évidente que son aspect littéraire ou même culturel. On se doute bien que les présidents qui ont posé ici ne passaient par leur temps à potasser les bouquins de la bibliothèque de l'Élysée. Et si le général avait posé dans la cour de l'Élysée en 1959, il y a fort à parier pour que la photo 2007, et même quelques unes qui l'ont précédées, aient été prises au même endroit, en référence à Charles.
Voici à mon sens les principaux vecteurs de sens décidés par Nicolas Sarkozy avant la prise de vue… le reste a été fait en 20 minutes et ne mérite sans doute pas plus de considérations cognitives que cela. Allez, pour la route, peut-être les coins sombres, que la bougie n'a pas pu éclairer correctement (ambiance nocturne en opposition à la lumière diurne des portraits de De Gaulle et de Pompidou), pour donner un esprit intime à ce regard entre un président et un citoyen, voire un petit côté « peintures royales », aux effets de lumière surjoués… mais ça s'arrête là.

La tuile
Le livre situé en arrière plan, à la hauteur du visage du président. Erreur flagrante qui a parfaitement pu échapper à Philippe Warrin pendant la prise de vue mais qui n'a pas pu lui échapper après. D'autant qu'il est assez facile de supprimer en post-prod le blason doré qui forme une véritable oreille à notre président (illustration ci-dessous). Alors, pourquoi ce livre mal placé ? Sur ces 40 clichés pris lors de la séance de poses, Warrin en a présenté 5 à la famille Sarkozy, probablement avec des poses et des expressions différentes à chaque fois. À moins que ce livre se soit retrouvé au mauvais endroit sur ces 5 images, ce dont je doute fortement, le président et sa famille ont délibérément choisi de privilégier la pose et/ou l'expression idéale au détriment de la composition, ce qui est fort dommage. La photo a été prise lundi après midi, présentée à la télévision le mardi soir et au reste de la presse le mercredi matin Encore une fois, un minimum de recul sur le choix n'aurait pas fait de mal. Ci-dessous une retouche rapide de l'image, sans le blason disgracieux (ça m'a pris 5 minutes avec photo basse def…).



Hélas, on remarque que même sans le blason doré, cette couverture de livre « à plat » continue de troubler l'image. De plus, pour qui a déjà vu le livre dans la bibliothèque de l'Élysée, ce trucage esthétique est trop grossier. Dans l'intention, ce livre à vraisemblablement été placé cadré à hauteur de tête (cf. édit ci-dessous) pour mettre en valeur le visage du président, éviter qu'il ne se noie dans le graphisme formé par les rangées de livres, comme ce fut le cas pour Charles De Gaulle et Georges Pompidou. Mon hypothèse est que le visage de Nicolas Sarkozy était sensé se trouver un peu plus à gauche et ainsi cacher le blason pour ne laisser visible qu'une toute petite partie de la couverture, juste de quoi protéger le visage sans trop faire ressortir ce livre. Il est fort possible que sur cette pose, un petit mouvement involontaire du président ou du photographe ait laissé trop de place à cette couverture. Hypothèse personnelle, encore une fois, je n'y étais pas. En tous cas, j'ai fait un essai ci-dessous en décalant le livre sur la droite pour que celui-ci garde sa fonction tout en étant moins voyant. Je vous laisse juge.



ÉDIT 31 mai : Domi, une lectrice de La boîte à images prouve par l’image ci-dessous que ce livre était à cette place depuis longtemps et que Philippe Warrin n’y a pas touché. Ça ne change pas grand chose à ce que j’ai écrit précédemment (sachant que le positionnement du point de vue du photographe est une façon de « déplacer » les éléments qui composent une image) et c'est finalement une preuve de plus qui marque le peu de temps laissé au photographe pour travailler. L’occasion pour moi d'ajouter une petite remarque à ce sujet, à laquelle je n’avais pas accordé trop d’importance jusqu’ici : lorsque j'ai fait l’essai de déplacer le livre derrière la tête de Nicolas Sarkozy avec Photoshop, je me suis rendu compte en zoomant qu'il y avait une pièce de bois horizontale au dessus de l’ouvrage. On peut la voir sur les photos ci-dessus, surtout sur l’agrandissement de droite. Il y a fort à parier pour que cette pièce appartienne à un présentoir qui fixe le livre verticalement à cette place ; rendant difficile un remaniement improvisé pendant la (rapide) séance de pose. Ci-dessous, la photo trouvée par Domi, datant de 1997 :



En enquêtant un peu sur le sujet, j'ai moi même trouvé une autre image datant de juillet 1989, où ce même livre est déjà présent (en haut à droite). Bref, quel qu'en soit le sujet, ce livre fait partie des meubles :



Édit 7 juillet : Je n'ai toujours pas d'information fiable sur le titre du livre placé derrière Nicolas Sarkozy mais ai trouvé un agrandissement. On remarque que le symbole présent sur la couverture ressemble à une couronne de lauriers avec soit un glaive, soit une croix à son centre :



7 - Mon avis

Pour moi, la clef de cette image se trouve… en dehors de l'image, dans la démarche. Et sur ce point, je rejoins l'analyse d’André Gunthert reprise par Versac. Un président qui avait deux volontés de départ : poser dans la bibliothèque, avec le drapeau français ; et un photographe à qui l'on a accordé que 20 minutes de shooting. À partir de là, on aurait pu faire 250 images et cela aurait toujours raconté la même histoire : un homme pressé qui a négligé une image, pourtant à vocation historique.
Dans ces conditions, contrairement à la plupart des avis exprimés, je pense que Philippe Warrin a bien travaillé. Nous sommes évidemment loin du travail d'auteurs d'illustres acteurs de l'Histoire de la photographie mais ce cliché de photographe pipeul n'a certainement rien à envier aux précédentes images de Jacques Henri Lartigue (Giscard), Gisèle Freund (Mitterrand) et Bettina Rheims (Chirac). D'ailleurs, rien ne nous dit que ces derniers ont bénéficié de meilleures conditions de travail ; ils avaient meilleures réputations, c'est déjà pas mal pour s’assurer une bonne presse.
Toujours est il que nous sommes assez loin de l'image de rupture que se donnait jusqu'ici Nicolas Sarkozy. L’apparition des drapeaux comme le 2e sujet de la photo, lourde de sens, est de cette veine, mais d'un point de vue créatif, on aurait sans doute pu aller très au-delà si Philippe Warrin avait eu plus de liberté et/ou si la bibliothèque n'avait pas été imposée. On pourrait tout à fait imaginer qu’un président de la république puisse poser pour sa photographie officielle en dehors de l'Élysée et même de Paris : devant un paysage naturel, un monument ou un lieu symbolique… ou même carrément une photographie plus spontanée, non mise en scène, choisie dans les archives personnelles de l'élu — ce ne sont que des exemples de possibilités.

Pour finir, je me suis permis de synthétiser mes propositions de retouches en une seule image, la voici ci-dessous avec des drapeaux plus petits, un recadrage et une modification de l'emplacement du livre en arrière plan. Je suis allé jusqu'à reproduire l'effet de vignettage dans les coins, pour être raccord avec l’esprit d'origine. C'est évidemment plus facile à faire tranquillement depuis mon fauteuil, qu’en temps réel lors d'une séance de poses express :



À gauche l'originale et à droite « la mienne » :



8 - Des liens

Une interview ou Philippe Warrin raconte sa photographie.
Une analyse sur le site Déménageons l'Élysée (ou j'ai notamment piqué les photos d'anciens présidents ;-)
Une analyse de André Gunthert sur le blog de l’actualité de la recherche en Histoire visuelle.
Une analyse d’il maestro Alain Korkos sur La boîte à images.
On en parle chez fromage plus.
On en parle chez PKK.
On en parle chez Versac.
Beaucoup de commentaires chez Embruns.
Sur Mots d'images, Béat Brüsch (attention, c'est un garçon ;-) nous parle des photographies officielles des gouvernements suisses. C'est autre chose !
Sur son blog, Frédéric Rolin s’est focalisé sur le livre en arrière plan.
Jean-Michel Apathie se pose des questions (plus de 400 réponses en commentaires, wow !)
Intéressant article du Monde sur le sujet (beaucoup d'infos)

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